Régionales : en Bretagne, deux proches de Jean-Yves Le Drian se disputent sa succession

·6 min de lecture

Le président de région sortant Loïg Chesnais-Girard conduit une liste soutenue par le PS, face à son ancien vice-président Thierry Burlot, appuyé par la majorité présidentielle.

A première vue, les ingrédients d'une guerre fratricide semblent réunis. 13 listes seront sur la ligne de départ des régionales en Bretagne, le 20 juin prochain, dont deux conduites par des proches de l'actuel ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Inédit depuis près de 20 ans, le cacique socialiste ne sera pas candidat à la tête de l'exécutif breton, après son élection en 2004 et ses succès réitérés en 2010 et 2015. En 2017, dans la foulée de la présidentielle, il avait - sur demande de l'Elysée - laissé son mandat et était redevenu simple conseiller régional pour être nommé au Quai d'Orsay.

L'ex-éléphant (il a quitté le PS en 2018) avait alors passé la main à Loïg Chesnais-Girard. Parmi les quinze vice-présidents de son successeur, Thierry Burlot. Les deux hommes s'affrontent désormais dans les urnes.

Socialiste contre ancien socialiste

Le président sortant, 44 ans, conduit la liste "La Bretagne avec Loïg", soutenue par le PS et d'autres formations de gauche comme le PRG. Poulain de Jean-Yves Le Drian, il a été son premier vice-président et son directeur de campagne en 2015.

Thierry Burlot, vice-président à l'Environnement depuis 2010, est aussi dans le giron de Le Drian. Il s'est vu retirer ses délégations après l'annonce de sa candidature dissidente en mars. Il mène la liste "Nous la Bretagne", soutenue par La République en marche (LaRem), l'UDI et le MoDem. L'homme de 62 ans, élu local depuis les années 1980, conseiller régional breton depuis 2004 et ancien du PS, peut se targuer de compter dans ses rangs un poids lourd de la majorité avec, en troisième position dans le Finistère, le président de l'Assemblée nationale et député du département Richard Ferrand. 

Après quasi deux décennies de gouvernance du "Menhir", les jeux n'ont jamais été aussi ouverts et les cartes pourraient être rebattues au Conseil régional armoricain. Selon un récent sondage Odoxa pour Le Télégramme, cinq listes seraient en mesure de se qualifier au second tour, prévu le 27 juin.

Arriverait en tête la liste "Nous la Bretagne" de Thierry Burlot (18%), talonnée par celle des Républicains conduite par Isabelle Le Callennec (17%), puis celle de Loïg Chesnais-Girard, ex-aequo avec la liste RN de Gilles Pennelle (14%). EELV fermerait la marche avec 11% des intentions de vote.

Une histoire d'ego?

Que s'est-il produit pour que deux alliés de longue date se présentent l'un contre l'autre? Auprès de l'AFP, une source ayant requis l'anonymat et proche des deux hommes, avançait une banale histoire d'ego. 

Loïg Chesnais-Girard "a dit à Burlot, dans un premier temps, qu'il ne le prendrait pas sur sa liste et celui-ci s'est senti humilié au regard du travail accompli. C'est là que LaREM a flairé le potentiel et Burlot s'est senti enfin reconnu", assure cette source.

Si les deux hommes se revendiquent de la figure tutélaire de Jean-Yves Le Drian, ce dernier tarde à apporter son soutien à l'un d'eux. Conflit de loyauté entre son dauphin désigné en 2017 et la majorité présidentielle, bien que le ministre n'ait jamais pris sa carte à LaRem?

En août 2020, à la faveur d'une cérémonie pour la réception des travaux de la gendarmerie de Liffré (Ille-et-Vilaine), commune dont Loïg Chesnais-Girard a été maire pendant près d'une décennie et dont il est toujours conseiller municipal, Jean-Yves Le Drian avait fait le déplacement pour le décorer de l'ordre du Mérite. 

"C'est sur toi que je comptais et c'est dans la sérénité que je t'ai passé le flambeau", avait déclaré le ministre, qui avait aussi glissé, cité par Ouest-France: "Quand le moment viendra, je serai là."

Alliés d'hier

Si le message pouvait à l'époque paraître limpide, bien qu'aucune candidature n'était encore annoncée, il est désormais brouillé. La donne a changé, et la majorité à laquelle appartient Jean-Yves Le Drian a adoubé Thierry Burlot.

"Si la question est de savoir si je serai le candidat de la majorité présidentielle, la réponse est non", avait martelé Loïg Chesnais-Girard en janvier, dans un entretien au Figaro. Quelques semaines après, en mars, ce dernier avait toutefois assumé avoir voté pour Emmanuel Macron dès le premier tour en 2017.

Contacté par BFMTV.com Florian Bachelier, ancien socialiste élu en 2017 sous la bannière LaRem, affiche désormais son soutien à Thierry Burlot, "comme 95% des députés bretons (de la majorité, NDLR)". Un député LaRem du Morbihan Hervé Pellois, lui-même ancien socialiste, a effectivement appelé à voter pour Loïg Chesnais-Girard

Auprès d'Ouest-France en novembre dernier, Florian Bachelier, qui espérait encore une candidature de Jean-Yves Le Drian, évoquait alors sa relation avec Loïg Chesnais-Girard, "un ami", et rappelait qu'ils avaient "été strauss-kahniens tous les deux, à droite de la gauche".

Malgré cette déclaration, le premier questeur du Palais-Bourbon revendique aujourd'hui un choix "plus qu'évident" auprès de BFMTV.com, et compare sa position à celle de Gérald Darmanin dans les Hauts-de-France, qui "est ami avec Xavier Bertrand et pour autant votera Pietra (Laurent Pietraszewski, NDLR)".

"Loïg Chesnais-Girard vient du centre-gauche, de la strauss-kahnie comme moi. Mais il a dérivé et s'est enfermé dans une mouvance hollando-hamoniste", fustige aussi Florian Bachelier.

Le Drian ne veut pas servir de "chaperon"

"Ils sont divisés et je le regrette, ce n'est pas ce qu'attendent les Bretons", mais "les Bretons n'attendent pas non plus qu'il y ait une sorte de chaperon que je pourrais être, qu'il y ait une sorte de guide qui dirait aux Bretons: 'Voilà comment il faut voter'", avait opposé en avril dernier Jean-Yves Le Drian sur France 3.

Pourtant investi par le PS à l'automne dernier, Loïg Chesnais-Girard n'a officialisé sa candidature que le 4 mai. Interrogé sur Jean-Yves Le Drian, le patron de la région pour encore (au moins) quelques semaines avait répliqué avoir "beaucoup d'amitié et d'affection pour lui". "Je n'attends pas qu'il prenne position, je le laisse libre de ses choix", racontait-il à Ouest-France. 

Dans la foulée, Jean-Yves Le Drian, toujours mutique quant à sa préférence, présentait le 9 mai les propositions de son Breizh Lab, "un club de réflexion des progressistes bretons", qu'il préside. "Je ne souhaite pas prendre position", avait-il encore répété à cette occasion, "mais si j'en éprouve le besoin à un moment, je le dirai". 

Dans un communiqué publié le jour même, Thierry Burlot saluait ces "travaux" qui ne manqueraient "d'enrichir (leurs) engagements de campagne" voire "de reprendre un grand nombre de ces propositions".

Dimanche, Jean-Yves Le Drian, au Grand Jury de RTL, Le Figaro et LCI, a encore rechigné à dévoiler sa préférence, déclarant "savoir" pour qui il votera au premier tour mais refusant de le révéler. "J'ai, il se trouve, deux héritiers que j'ai essayé de réconcilier, ça n'a pas marché, un peu de la faute des deux. (...) J'espère qu'ils vont se rassembler au second tour." La concurrence est âpre.

Article original publié sur BFMTV.com

Ce contenu peut également vous intéresser :

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles