Régionales: Blanquer prudent avant de se jeter à l'eau en Ile-de-France

Antonio RODRIGUEZ
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LREM l'encourage malgré une majorité présidentielle qui ne fait pas bloc, ses adversaires évoquent le syndrome Agnès Buzyn et ses proches lui conseillent de patienter: Jean-Michel Blanquer avance avec prudence sur le chemin périlleux des régionales en Ile-de-France.

Officiellement, le ministre de l'Education nationale a fait début décembre un pas décisif pour se soumettre pour la première fois au scrutin populaire en devenant le chef de file de LREM pour la campagne en Ile-de-France.

Dans son entourage, on souligne "l'importance pour le parti macroniste d'être présent dans toutes les régions" lors des prochaines élections, qui auront lieu probablement fin juin avec les présidentielles de 2022 en ligne de mire.

Mais les déclarations publiques de M. Blanquer entretiennent le doute sur ses intentions: "Je serais très heureux d'arriver à faire émerger quelqu'un d'autre que moi", a-t-il expliqué sur LCI, insistant sur "un travail collectif".

Au sein même du gouvernement, certains n'y croient pas: "Je ne pense pas qu'il aille jusqu'à la candidature", reconnaît un ministre, interrogé par l'AFP.

L'idée n'enthousiasme d'ailleurs pas tous ses proches. "Le meilleur moyen pour lui de servir le président est qu'il reste ministre jusqu'à la fin du quinquennat", confie l'un d'eux.

D'autres noms de ministres circulent déjà au cas où : Amélie de Montchalin, Agnès Pannier-Runacher, Gabriel Attal, Emmanuelle Wargon ou encore Roxana Maracineau.

"Il y a beaucoup de ministres du temps libre dans ce gouvernement", ironise l'entourage de Valérie Pécresse, la présidente (LR) sortante d'Ile-de-France, qui pourrait utiliser les régionales comme tremplin pour 2022.

"Ce 'j'y vais ou j'y vais pas' fait penser à la situation au printemps d'Agnès Buzyn", l'ex-ministre de la Santé et candidate malheureuse aux municipales à Paris ce printemps, souligne la même source.

Chez LR, on rappelle aussi les liens entre M. Blanquer et la droite, citant comme exemple "sa nomination par Mme Pécresse à la tête de l'académie de Versailles en 2007 quand elle était ministre de l'Enseignement supérieur".

M. Blanquer est aussi un proche de l'ancien ministre Xavier Darcos, qui s'était présenté aux régionales en Aquitaine en 2011 et y avait subi une sévère défaite, perdant son poste dans la foulée lors du remaniement qui a suivi.

- Le scrutin, c'est "très sain" -

"Chez LR, ils n'ont pas envie qu'il y aille", réplique son entourage. "L’enjeu, c’est qu’il soit en mesure de porter autre chose que sa sensibilité, autre chose que son costume de ministre de l’Education. Il va falloir en faire un homme politique", estime un cadre macroniste.

"Il a besoin de la case scrutin et il a raison de réfléchir comme ça. Les ministres qui n’ont jamais été en face des électeurs, ça se voit. Il faut aller se frotter au suffrage. C’est très sain", souligne-t-il, assurant que M. Blanquer est "à même de rassembler" la majorité présidentielle".

Ce n'est pourtant pas gagné, comme l'a démontré le soutien apporté à Mme Pécresse cette semaine par dix élus de centre droit, dont la maire du IXe arrondissement de Paris Delphine Bürkli et celle du Ve Florence Berthout, toutes deux ex-LR soutenues par LREM aux dernières municipales.

"Ce sont des élus qui soutiennent le gouvernement au niveau national (qui) disent que le choix aux régionales sera entre la droite et la gauche et qu'il faudra choisir", s'est réjoui la présidente sortante cette semaine sur Cnews.

En d'autres termes, pour l'entourage de Mme Pécresse, "il n'y a pas de place pour LREM" aux élection en Ile-de-France, le risque étant de faire le jeu de la gauche avec la candidature probable d'Audrey Pulvar, dont un succès renforcerait Anne Hidalgo, la maire de Paris, dans l'optique de 2022.

Dans ces conditions, la décision du Modem s'avère donc cruciale, le parti soutenant Emmanuel Macron sur le plan national et Mme Pécresse sur le plan régional.

"Nous avons des discussions internes en attente de voir comment LREM voit les choses qui ne sont pas absolument limpides pour l'instant", reconnaît Yann Wehrling, conseiller (Modem) sortant d'Ile-de-France.

"Avec Mme Pécresse, il y a eu des hauts et des bas, mais globalement ça c'est bien passé", souligne-t-il.

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