Régionales en Île-de-France : ce qu'il faut retenir de notre débat entre les candidats

·9 min de lecture

Ce mercredi, de 18h à 20h, les antennes de BFMTV et BFM Paris ont reçu les quatre candidats en lice au second tour des régionales en Île-de-France. Confrontations des programmes, passes d'arme et séquences fortes, voici ce qu'il faut en retenir.

Valérie Pécresse pour la droite, Jordan Bardella pour le Rassemblement national, Julien Bayou désormais représentant de l'union de la gauche et Laurent Saint-Martin pour la majorité. Tel est le plateau du second tour des élections régionales en Île-de-France. Et ce mercredi soir, de 18h à 20h, ces quatre prétendants ont ferraillé sur le nôtre, sur les antennes de BFMTV et BFM Paris. L'occasion d'illustrer leurs désaccords et leurs aspirations pour le territoire francilien... et de rendre coup pour coup. Voici les points saillants du débat. 

> Bardella durcit l'affrontement avec Pécresse

Il y avait certes quatre candidats, mais il n'y avait qu'une sortante et trois challengeurs. Une spécificité d'autant plus visible que Valérie Pécresse n'a pas caché ces derniers mois des ambitions présidentielles... et pas seulement au niveau régional. Julien Bayou ne s'y est pas trompé: "Pour moi, la région n’est ni un passe-temps ni un tremplin, c’est un temps plein". Jordan Bardella a utilisé un registre plus direct encore, et en a fait le fil rouge de sa participation. Il a d'ailleurs attaqué en anticipant sa propre défaite dimanche prochain: "Tout le monde sait que Valérie Pécresse sera réélue dimanche prochain". 

Il a alors enchaîné les piques, dénonçant son comportement de présidente de Conseil régional. "Elle souhaite anesthésier toute opposition", a-t-il assuré. Plus tard, s'agaçant d'un commentaire de Valérie Pécresse en marge de l'une de ses interventions, il a même haussé le ton: "Il serait bon que vos remarques intempestives soient décomptées. On sait à la région que la démocratie vous dérange."

Il a également pointé une autosatisfaction de la sortante au moment de défendre son bilan: "Manifestementn madame Pécresse est la seule à être contente de son bilan. Valérie Pécresse, c'est François Hollande ce soir, tout va bien!" Jordan Bardella a également accusé son adversaire de duplicité. "Valérie Pécresse parle comme le Rassemblement national à deux semaines de l’élection, et puis elle gouverne comme la gauche! Quand le RN n’est pas là pour lancer l’alerte, droite et gauche pactisent ensemble et votent la même chose", a-t-il même avancé plus tard. 

Valérie Pécresse n'a visiblement que peu goûté d'être rapprochée du discours du Rassemblement national. Au détour d'un échange, elle a ainsi lancé à son rival qui lui reprochait de subventionner des associations secourant des immigrés clandestins: "C'est une grande différence entre le Rassemblement national et moi: lorsqu'il s’agit d’aide alimentaire, je ne demande pas les papiers. C’est une différence marquante entre la droite et l’extrême droite".

> Pécresse tacle Bayou 

Valérie Pécresse a elle aussi lâché ses coups. C'est sur le terrain préférentiel de Jordan Bardella qu'elle a choisi de l'attaquer, cherchant à le dépeindre comme peu sérieux dans sa connaissance des dossiers. Notamment dans sa proposition de disposer de 1000 agents de sécurité armés dans les gares du réseau RATP en un an: 

"J’ai pris à bras-le-corps le dossier de sécurité. J’ai financé l’équipement de 250 polices municipales, j'ai financé 1000 agents de sécurité de plus dans les transports et nous allons en recruter 1000 de plus dans le prochain mandat et pas en un an – Jordan Bardella n’y connaît rien – car il faut du temps pour former les agents".

Mais, sur la lancée de son entre-deux tours, c'est surtout après Julien Bayou qu'elle en avait, lui qui, ayant totalisé 12,95% des suffrages exprimés au premier tour, a convaincu la socialiste Audrey Pulvar et l'insoumise Clémentine Autain de rejoindre sa bannière. "Vous vous êtes opposés à toutes les mesures du bouclier protection!" lui a-t-elle notamment reproché, poursuivant alors: "Il a refusé la vidéoprotection, l’armement de la police municipale. Et il sera contre le fait d'aider la justice à faire son boulot car elle est déshéritée".

> La gratuité des transports au centre des échanges

Fort de sa nouvelle union de la gauche, Julien Bayou se devait d'ailleurs de démontrer la cohésion de son camp. Une mesure a symbolisé les tractations au sein de son camp ces derniers jours: la gratuité dans les transports, poussée notamment par la France insoumise. 

Au prix d'un ultime arbitrage, l'alliance incarnée par Julien Bayou a décidé de retenir la gratuité pour tous les Franciliens de moins de 18 ans, mais aussi pour certaines catégories jeunes et précaires. "L’enjeu c’est la solidarité, l’urgence, c’est la reprise des transports après la crise sanitaire", a-t-il argué: "Demain, la région mettra tout le monde à niveaux, avec la gratuité pour tous les moins de 18 ans et la gratuité pour les étudiants, chômeurs de moins de 25 ans". 

Sa proposition a rencontré les vents contraires venus des trois autres points cardinaux du plateau. Laurent Saint-Martin s'est prévalu de sa fonction de rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale et, prenant appui sur la prévision par Julien Bayou d'un coût de 117 millions d'euros pour le financement de sa mesure, le représentant de la majorité a contré: " Je sais que ce serait irresponsable. Les Franciliens savent qu’on a besoin de l’argent de la billetterie pour leurs transports. Ils ne demandent pas la gratuité, ils demandent que ça marche mieux." 

"La gratuité des transports avait un objectif : la transition écologique. Ça ne marche pas. Les gens qui prennent leur voiture tous les jours n’ont pas d’autres choix. Je préfère des automobilistes qui roulent plus propre, que les forcer à prendre un transport, car ces lignes n’existent pas", a-t-il ajouté.

Valérie Pécresse s'est embarrassée de moins de précautions encore. "C’est totalement infaisable. Il y a 1,3 milliard de trou. Il va falloir que je revienne à la charge d’ailleurs pour que l’Etat donne ce milliard", a-t-elle commenté, posant: "Les amis de monsieur Bayou sont habitués à faire des trous de la caisse".

> Laurent Saint-Martin en arbitre 

Quatrième homme du premier tour, peu connu du grand public, gêné aux entournures d'un espace politique coincé entre Valérie Pécresse, venue du centre droit, et le centre gauche, forcément lié au bilan de la majorité et donc à l'exécutif, le député LaREM élu dans le Val-de-Marne Laurent Saint-Martin a pu paraître plus discret. Il avait cependant choisi de jouer une partition très reconnaissable lors de ce débat. Celle de l'arbitre, revendiquant une forme d'impartialité. 

"La majorité n’est pas installée dans la région, c’est la première fois qu’elle s’y présente. Je refuse de rester dans le match des majorités et oppositions précédentes qui ont fait échouer la région, c'est pourquoi je reste mobilisé", a-t-il expliqué au début de l'émission. Visiblement désireux de siffler la fin d'un match entre gauche et droite embarqué selon lui depuis trop longtemps dans son temps additionnel, il a plus tard voulu distribuer les bons et les mauvais points. 

Au sortir d'un échange tendu entre Julien Bayou et Valérie Pécresse sur l'état des lycées franciliens, il a ainsi balancé: " On a typiquement l’exemple du mauvais match à la région. Bien sûr que le camp de Julien Bayou est responsable de la vétusté des lycées, mais en face il y a des mensonges sur les promesses de 2015." 

Il a alors donné l'impression de se proposer en force d'appoint au sein du futur Conseil régional: "Madame Pécresse, soyez honnête. Dites que vous avez besoin d’un nouveau mandat et vous l’aurez pour accomplir votre mandat de 2015. Ce match-là, on n’en veut plus, c’est pourquoi il faut des élus progressistes."

> Chacun sa fenêtre sur l'écologie  

Mais avant de se pencher sur l'après-second tour, il est un sujet sur lequel chacun a cherché à se situer dans l'actualité la plus immédiate: l'écologie. Chacun abordant la thématique par une référence différente. Alors que Beauvais, en lisière de l'Île-de-France, a subi des inondations dramatiques lundi soir, Valérie Pécresse a milité : "La loi est mal faite. Elle donne la compétence inondations à la Métropole du Grand Paris, or les inondations arrivent du bassin et donc de la grande couronne. Nous avons besoin de cette compétence, je la demanderai".

Un angle que Jordan Bardella n'a pas contesté: "Nous avons toujours soutenu les mesures de bon sens, celles allant dans le sens du commun profit". Mais il l'a vite abandonné pour adopter un regard plus polémique sur l'écologie. Semblant faire référence au texte publié par Stéphane Bern contre la politique autour des éoliennes dans les territoires, tribune très saluée à droite, il a taclé: "L’éolien s’installe massivement, notamment en Seine-et-Marne. C’est une pollution visuelle, environnementale. Ça contrarie aussi la vie animale."

L'argumentaire n'a pas franchement convaincu l'écologiste Julien Bayou, secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts. "Vous ne pouvez vous dire ‘responsable politique’ si vous traitez le climat avec si peu de respect", a-t-il réagi. Il a alors tenté de destabiliser son interlocuteur en exhumant les propos tenus il y a peu par Julien Odoul, tête de liste RN en Bourgogne-Franche-Comté: "Le Rassemblement national est de toute façon disqualifié, car les seuls mots de votre tête de liste en Bourgogne-Franche-Comté sur le suicide d’un agriculteur, c’est ‘Est ce que la corde était française ?’"

> Dernière bataille autour du vélo 

L'écologie a de sucroît pris des contours différents dans l'échange. Après avoir passé en revue un chapitre de son programme portant sur "l’accessibilité, le transport à la demande, et la capacité d’avoir une offre de transport à quinze minutes où qu'on soit en Île-de-France", Julien Bayou a en effet posé: "Et le vélo n’est pas un hobby : nous voulons offrir un vélo à chaque lycéen et lycéenne."

Une bécane que les autres candidats ont aussi enfourché. Et à commencer par Valérie Pécresse: "Je travaille à construire le RER vélo. Le RER vélo ça va être le long des lignes de RER, des lignes en continue pour faire des longs trajets et vraiment des trajets domicile-travail, et éviter ainsi les conflits d’usage." "Le vrai problème, c’est la discontinuité des pistes cyclables. Je souhaite que la compétence voirie soit à la région", a renchéri Laurent Saint-Martin. "Il faut développer la possibilité d’utiliser son vélo en sécurité, mais il faut un développement harmonieux et non un projet de mégalo. Beaucoup de Franciliens ne peuvent faire autrement que de prendre leur voiture !" a jugé pour sa part Jordan Bardella. 

Une dernière escarmouche avant que les candidats reprennent leur route jusqu'à dimanche. 

Article original publié sur BFMTV.com

Ce contenu pourrait également vous intéresser :

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles