Le régime syrien augmente drastiquement le prix des carburants

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Dans une Syrie qui vit depuis de longs mois au rythme des pénuries et de l'inflation, le litre du prix d'essence subventionné passe de 250 à 450 livres syriennes. Une mesure d'austérité justifiée par le régime de Damas par les sanctions américaines qui le visent depuis cet été.

Les longues files devant les stations-services et les boulangeries sont devenues une triste routine pour les Syriens qui dépendent plus que jamais de l'aide de l'Etat et des organisations humanitaires pour survivre. Farine de blé et carburant sont subventionnés, mais le régime a de plus en plus de mal à en fournir en quantité suffisante. Les prix au marché noir explose. Neuf ans de guerre ont ravagé le pays et ses infrastructures et tari les ressources de l'Etat.

Sous l'effet combiné des sanctions internationales ciblant les produits dérivés du pétrole, de la crise au Liban voisin, poumon financier de Damas et de la crise sanitaire, la monnaie syrienne et son économie s'enfoncent. Le régime dénonce naturellement l'isolement international dont il fait l'objet pour justifier les mesures d'austérité. Pas question de reconnaître une gestion désastreuse des infrastructures.

« Pas le choix »

L'augmentation du prix des carburants peut sembler impopulaire, mais la Syrie n’a pas le choix, explique l’universitaire syrien Elia Kajamini. « Bientôt les Américains imposeront des sanctions sur l’air qu’on respire. Ils ont détruit notre économie. Donald Trump est responsable de cette situation. Ce sont les Américains et les Kurdes syriens qui détournent notre pétrole et chacun prend sa part du gâteau. Ils se sont ligués contre nous », accuse-t-il.

Dans l’est de la Syrie, se trouvent effectivement les puits de pétrole du pays. Cette région est contrôlée par les Kurdes syriens alliés de Washington. Les sanctions américaines interdisent depuis juin dernier l’acheminement de l’or noir vers les zones du régime. Face à cela, une seule solution, prône l’intellectuel syrien Elia Kajamini : « la résistance ».

« Nous nous adapterons à toutes les situations, promet-il. Si autrefois nous mangions deux pains par jour, eh bien à présent nous n’en mangerons plus qu’un seul. Nous ne mangeons déjà plus de viande et alors où est le problème ? Nous mangerons des œufs à la place lorsqu’on pourra. Mais jamais le peuple syrien ne pliera face à la pression, nous préférons encore mourir de faim. »

80% des Syriens dans la pauvreté

Sur les réseaux sociaux, les Syriens redoutent une hausse des prix qui aura des répercussions sur de nombreux autres produits. Pour tenter de contrebalancer l’augmentation des prix du carburant, le président syrien Bachar al-Assad a décrété un allègement de l'impôt sur le revenu et une prime pour les employés du secteur public, civils et militaires. Mais cela pourrait ne pas suffire. Quatre-vingts pour cent des Syriens vivent déjà dans la pauvreté. Alors que l'hiver approche, le Programme alimentaire mondial estime à plus de 2 millions les Syriens qui risquant d'être poussés dans la famine et l'insécurité alimentaire.