Réforme des retraites : le soutien de LR est-il aussi acquis que cela ?

Réforme des retraites : le soutien de LR est-il aussi acquis que cela ? (photo de Retailleau et Pradié prise le 26 novembre 2022)
GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP Réforme des retraites : le soutien de LR est-il aussi acquis que cela ? (photo de Retailleau et Pradié prise le 26 novembre 2022)

POLITIQUE - La béquille serait-elle trop courte ? Après les émois de leurs chefs Éric Ciotti, Olivier Marleix et Bruno Retailleau, tous trois très heureux de voir Élisabeth Borne reprendre nombreux de leurs souhaits et propositions dans ses annonces sur la réforme des retraites, plusieurs poids lourds des Républicains font entendre une musique un peu plus réfractaire.

Parmi eux, Xavier Bertrand. Le président de la région Hauts-de-France juge en effet que le texte présenté mardi 10 janvier au soir par la Première ministre est « injuste, profondément injuste ». Une sentence bien différente du satisfecit du nouveau chef de la formation gaulliste, Éric Ciotti, lequel expliquait sur France 5, quelques minutes après les annonces, avoir été « entendu » par l’exécutif, notamment sur la « brutalité » d’un éventuel départ à 65 ans.

En d’autres termes, c’est l’aile sociale, ou plus modérée, de la rue de Vaugirard qui met désormais la pression sur ce dossier sensible, réforme emblématique des quinquennats Macron. Des réticences qui pourraient aller jusqu’à menacer l’accord se profilant entre leur camp et la majorité présidentielle ? Et faire capoter l’examen du texte ? Nous n’y sommes pas encore.

Qui sont-ils ? Que veulent-ils ?

Concrètement, les élus de cette droite sociale mettent l’accent sur les carrières longues, qu’ils estiment pénalisées par le texte présenté par Élisabeth Borne… sans pour autant nier la nécessité de travailler plus longtemps.

« C’est une réforme pour les gens qui vont bien », a ainsi résumé Xavier Bertrand sur BFMTV, au lendemain des annonces du gouvernement, comme vous pouvez le voir ci-dessous. Et d’expliquer : « Sur votre plateau, le ministre du Travail (Olivier Dussopt, ndlr) était face à un cadre qui lui demandait ce qu’allait changer pour lui la réforme des retraites. Qu’a répondu le ministre ? ’Rien’. Par contre, pour celui ou celle qui a commencé à travailler très jeune, même avant 20, 21 ans, celui qui est donc moins formé, moins payé, lui, il va devoir faire 44 années de cotisations. » Ce qui a fait dire à Xavier Bertrand : « Elle est où la justice ? » Comme une manière de battre en brèche l’argument d’équité martelé par les soutiens du président sur les vertus de la réforme.

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Dans ce contexte, il n’est pas anodin de retrouver le même discours dans la bouche d’Aurélien Pradié, le député du Lot et troisième homme (avec le soutien de Xavier Bertrand) du dernier congrès des Républicains. L’élu, tenant d’une ligne plus modérée que les leaders actuels du parti et qui a fait campagne pour la présidence en martelant son opposition à un report de l’âge légal de départ en retraite, estime aujourd’hui que « le compte n’y est pas » dans les annonces de la Première ministre.

« Il y a un problème majeur qui est une ligne rouge : tous ceux qui ont commencé à travailler avant 21 ans, en particulier à 20 ans, seront les grands perdants de cette réforme », a-t-il pesté, sur Sud Radio ce mardi, rappelant son souhait de « traiter d’abord la durée de cotisation », avant le report de l’âge de départ. Le texte présenté par le gouvernement prévoit effectivement un dispositif spécial uniquement pour ceux ayant commencé leur carrière avant 20 ans, mais rien pour ceux qui ont débuté entre 20 et 21 ans.

Une dizaine de députés selon Retailleau

Autre point de crispation possible avec ces élus LR : la retraite minimum. À l’unisson, cette fois-ci, de l’ensemble de ses collègues Les Républicains, Aurélien Pradié veut « s’assurer que ceux qui sont déjà en retraite bénéficient aussi des 1 200 euros » promis aux nouveaux retraités car selon lui « ce n’est pas tout à fait clair ». « Si ce n’est pas dans le texte, nous ne le voterons pas », a abondé le député du Nord Pierre-Henri Dumont, au même moment, sur RFI. Vraie menace, ou simple début de négociation ?

Dans tous les cas, Bruno Retailleau, l’un des responsables LR les plus enclins à toper avec le gouvernement, estime que le groupe de députés réfractaires à soutenir le texte se résume à « une douzaine, une quinzaine » de membres. Pour tous les autres, « la très grande majorité », le sénateur vendéen « ne voit pas comment on peut refuser » ce projet. Ce qui suffirait à faire adopter le texte de la majorité à l’Assemblée nationale.

« Ce n’est pas nous qui allons voter la réforme du gouvernement, c’est le gouvernement d’Élisabeth Borne qui va faire voter la réforme que nous proposons au Sénat depuis plusieurs années », s’est ainsi félicité Bruno Retailleau sur France Inter, ce mardi matin. Et ce malgré quelques points « à préciser », selon ses mots, sur les petites retraites notamment. Si le souhait du chef des élus LR à la Haute assemblée est entendu, l’exécutif pourra obtenir le compte nécessaire à l’Assemblée nationale et ainsi se passer du 49.3 pour faire adopter son texte. Cela vaut bien quelques éclaircissements. Ou concessions supplémentaires ?

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