Réforme des retraites : comment le gouvernement veut déminer la fronde

Réforme des retraites : La stratégie double-lame du gouvernement pour déminer la fronde (photo de Borne et Dussopt prise le 10 janvier 2023)
BERTRAND GUAY / AFP Réforme des retraites : La stratégie double-lame du gouvernement pour déminer la fronde (photo de Borne et Dussopt prise le 10 janvier 2023)

POLITIQUE - La bataille de l’opinion, avant celle de la rue. Élisabeth Borne et ses ministres continuent d’investir les médias pour parler essentiellement de la réforme des retraites. Il faut dire que le tableau n’est pas surprenant, ni flatteur, pour le gouvernement cinq jours après la présentation de ce texte phare. Les syndicats font front commun, de nombreux secteurs annoncent se mobiliser pour le 19 janvier, et l’opinion publique reste massivement opposée au report de l’âge de départ en retraite.

Selon un sondage Ifop publié par Le JDD ce dimanche 15 janvier, 68 % des Français ne veulent pas de la refonte du système présentée par la Première ministre. Rarement une réforme n’aura été aussi impopulaire sous Emmanuel Macron. Pourtant, à en croire le chef de l’État, elle est « indispensable et vitale ».

Dans ces conditions, l’exécutif martèle ses messages autour de deux principes directeurs : convaincre la population du bien-fondé de la réforme… tout en décrédibilisant les oppositions. Une communication à deux lames et une façon, aussi, de déminer la fronde qui s’organise dans le pays.

Un maître mot : convaincre

C’est ce que la Première ministre a martelé, samedi, sur France Inter, lors d’une émission d’une heure exclusivement consacrée à la réforme. « Je vais m’employer à convaincre les Français », a-t-elle expliqué à la radio, usant d’un terme désormais maître mot en Macronie. Cette consigne, Élisabeth Borne l’avait déjà donnée à ses députés, la semaine dernière, selon un récit du Parisien, avec cette expression : « Aller convaincre les Français, rassurer, faire un maximum de pédagogie et répondre aux questionnements. »

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« C’est le rôle d’un député d’aller voir les Français pour leur dire pourquoi on fait cette réforme », abonde ce dimanche la députée des Hauts-de-Seine Maud Bregeon sur BFMTV, louant « les vrais progrès » charriés par cette réforme, sur « la retraite minimum à 1 200 euros » par exemple.

Et ce… quitte à prendre des raccourcis. Car pour faire passer la pilule du report de l’âge légal, les soutiens du président de la République n’hésitent pas à gonfler quelque peu les fameux avantages compris dans le texte.

Sur l’idée de la revalorisation des petites retraites, par exemple, les ministres et députés se gardent bien de préciser les conditions à remplir pour obtenir les fameux 1 200 euros (brut) promis. À savoir, un départ à taux plein et une carrière complète, entre autres. « La pension minimum pour les petites retraites n’est pas une pension minimum. C’est une revalorisation du minimum contributif comprise entre 25 € et 100 € », résume au HuffPost l’économiste Michaël Zemmour à propos de cet argument phare. Et d’insister : « Certains retraités modestes n’y auront pas le droit. »

Progrès ou non, la tâche s’annonce en tout cas complexe pour les soutiens à la réforme, comme en témoignent les premières remontées de terrain. « Les gens sont contents de nous voir, de pouvoir discuter avec nous, mais ça s’arrête là », nous glisse une députée de la majorité, consciente de la difficulté de faire changer « la perception négative » du texte après de premiers échanges « en circo ».

L’enfer, c’est les autres

Qu’à cela ne tienne, le gouvernement a une autre carte dans sa manche. Celle qui consiste à décrédibiliser les oppositions politiques et à présenter la réforme comme la seule voie acceptable, responsable. Gabriel Attal en a donné une parfaite illustration ce dimanche, lors du « Grand rendez-vous » d’Europe 1, CNews et Les Échos, en renvoyant dos à dos la gauche, « le camp du blocage » et l’extrême droite, « le camp du mensonge. »

« Vous avez d’un côté le camp du blocage, la France insoumise et ses alliés, les écologistes socialistes qui vous disent ’il ne faut rien faire et il faut tout bloquer.’ De toute façon ils veulent tout le temps tout bloquer », a d’abord fustigé le ministre du budget, sans s’embarrasser de nuance. Avant d’ajouter pour l’autre bout du spectre politique : « Et de l’autre côté, vous avez le camp du mensonge, celui du RN, qui veut faire croire aux Français que l’on peut ramener l’âge de départ à la retraite à 60 ans. Ça coûte 85 milliards d’euros sur un système qui est déjà déficitaire. »

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Même discours dans la bouche d’Aurore Bergé, la cheffe des députés LREM, ou du côté d’Olivier Dussopt, un autre des responsables gouvernementaux qui organisent la riposte dans les médias. La première a accusé LFI de « chercher le chaos en permanence, de chercher à faire peur » aux Français, ce dimanche sur LCI. Au même moment, le ministre du Travail critiquait, sur franceinfo, une gauche socialiste qui « ment sur la retraite à 60 ans », tout en s’attachant à préciser « ce que l’on fait, pourquoi on le fait, comment on le fait. »

Une stratégie payante ? Les prochaines semaines apporteront leur lot de réponse. En attendant, l’exécutif peut se rassurer avec un chiffre issu des sondages : le soutien à une mobilisation sociale (51 % selon l’Ifop) apparaît plus bas qu’il y a trois ans, au moment de la réforme des retraites entamée et jamais bouclée par Édouard Philippe (56 %). Le signe que la bataille de l’opinion ne fait que commencer.

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