Réforme des retraites: le chemin de croix du gouvernement à l'Assemblée

L'Assemblée nationale examine à partir de ce lundi le projet de réforme des retraites. Les débats s'annoncent animés. L'opposition compte bien se faire entendre contre le texte du gouvernement. Après deux ans de concertation, un grand débat, une grève record, le chemin de croix d'Emmanuel Macron et de ses ministres n'est pas encore fini.

L'exécutif espérait passer à autre chose après la présentation du texte en Conseil des ministres le mois dernier. Mais c'était sans compter la mobilisation de l'opposition avec la France insoumise (LFI) en tête. L'équipe de Jean-Luc Mélenchon est parvenue à torpiller la commission spéciale créée pour préparer au maximum l'atterrissage du texte dans l'Hémicycle. Les députés insoumis ont noyé les débats sous des milliers d'amendements.

Par conséquent, faute de temps, la commission a mis fin à ses travaux sans aboutir à un compromis. Le texte initial du gouvernement sera donc présenté ce lundi après-midi à l'Assemblée nationale. Un retour à la case départ pour l'exécutif.

« Tout va se rejouer, le dépôt des amendements, leur délibération avec le temps de parole nécessaire. Même s’il y a la procédure accélérée qui n’est d’ailleurs pas bien admise par les députés, y compris des députés de la majorité », constate Olivier Rouquan, politologue et constitutionnaliste.

Les oppositions toujours à l'offensive

De la droite à la gauche, les oppositions vont poursuivre leur offensive contre le gouvernement. Ils ont un angle de tir : le projet du gouvernement est mal ficelé.

« Il s’agit d’attaquer ce texte en disant qu’il est mal préparé. Au-delà du texte, de ce projet, les oppositions vont en profiter pour faire la démonstration qu’elles trouvent que le Parlement est trop malmené et que ce qui est en jeu c’est le bon fonctionnement de la démocratie participative », poursuit Olivier Rouquan.

Derrière ces grands principes, ils sont nombreux à se réjouir des soucis du gouvernement. « Cela donne une terrible image d'amateurisme alors que ce devait être la grande réforme du quinquennat », tacle un député Les Républicains, alors qu'un élu Rassemblement national moque la « nullité » de l'exécutif.

Trouver des alliés dans le camp d'Emmanuel Macron

Une partie de la majorité, « l'aile gauche », ne cache pas ses craintes sur le projet du gouvernement. Les tribunes et interviews de plusieurs députés marcheurs en témoignent. Ils disaient haut et fort qu'ils étaient contre l'âge d'équilibre à 64 ans, l'idée portée directement par Édouard Philippe.

Ces deux prochaines semaines, l'exécutif va aussi devoir affronter les demandes de sa propre famille politique. « L’aile droite de la majorité est mécontente du flou du financement quand l’aile gauche fait le constat que sur le simulateur, la valeur du point, la pénibilité, les réponses ne sont pas là », note Olivier Rouquan.

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Le gouvernement va-t-il pouvoir tenir son calendrier ?

L'exécutif a prévu deux semaines d'examen à l'Assemblée avec un vote prévu le 4 mars. 84 heures de débats seront-elles suffisantes pour étudier plus 40 000 amendements ?

« Intenable », dénonce l'opposition, à gauche surtout où l'idée d'une motion de censure circule. « Possible », répond le gouvernement. « On peut y arriver mais il faut que les débats soient tenus », espère une ministre.

L'autre hypothèse est de prolonger l'examen d’une à deux semaines avant la trêve électorale des municipales. Mais cela revient à traîner le boulet des retraites encore plus longtemps. Le dernier scénario serait de dégainer l'arme du 49.3. Cet article de la Constitution qui permet au gouvernement d'adopter un texte sans le vote du Parlement.

« Dégâts politiques »

« Attention aux dégâts collatéraux », met en garde le politologue Olivier Rouquan. « On a vu Manuel Valls l’utiliser alors que le contexte était là aussi très difficile avec des frondeurs. C’est possible. Maintenant, ça pourrait faire des dégâts politiques à quelques semaines des municipales. Pour la cohésion de la majorité et même du gouvernement, ce serait problématique. Mais c’est possible ».

« Après tout ce qu'on a fait depuis deux ans, ça ne peut pas être notre chemin », assure un membre du gouvernement. L'hypothèse n'est pas sur la table sans être totalement écartée.

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