Réforme des retraites : Élisabeth Borne à droite dans ses bottes

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POLITIQUE - « Nous devons être capables de regarder la réalité en face ». Accompagnée du triptyque « Justice, Équilibre, Progrès » placardé en arrière-plan, Élisabeth Borne a dévoilé ce mardi 10 janvier les contours de sa réforme des retraites lors d’une de prise de parole qui a duré près de vingt minutes (visible en tête d’article).

Un texte que la Première ministre a annoncé comme nécessaire pour « préserver notre modèle social », et défini comme le fruit d’un compromis entre ce que réclament certaines forces politiques et syndicales et l’obligation d’assurer l’équilibre du système par répartition.

Insistant sur sa volonté de réparer les injustices actuellement à l’œuvre, Élisabeth Borne a assuré que son projet portait des « progrès sociaux », tout en assumant le report de l’âge légal. Soucieuse de ménager son alliance de circonstances avec Les Républicains (un parti plusieurs fois cité dans son discours), la cheffe du gouvernement a effectivement annoncé un report à 64 ans (et non 65 ans comme annoncé par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle) à l’horizon 2030, ce qui correspond aux conditions posées par Éric Ciotti, qui s’inquiétait d’une réforme trop « brutale » sur ce point.

Plus précisément, l’âge de départ sera repoussé d’un trimestre par an, ce qui fait qu’il sera fixé à 63 ans et trois mois à la fin du quinquennat. « Je le dis clairement, non, ce projet ne se mettra pas en œuvre du jour au lendemain, l’âge de départ sera relevé progressivement, sur une durée de 8 ans. Non l’âge d’annulation de la décote ne changera pas, il restera à 67 ans », a tenu à dédramatiser Élisabeth Borne qui a aussi annoncé un nouveau seuil pour les carrières longues.

« Réforme Ciotti »

Autre garantie donnée à la droite, l’augmentation du minimum contributif (pas une pension à moins de 1200 euros pour une carrière complète), présentée là encore une mesure d’équilibre et de justice, deux notions martelées tout au long du discours. « La revalorisation des pensions des retraités actuels ayant eu une carrière complète au niveau du Smic », sera de 100 euros par mois et concernera « près de deux millions de petites retraites ».

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Des annonces qui sont, sans surprise, plutôt bien accueillies du côté des Républicains. La droite « est satisfaite d’avoir été entendue » a réagi dans la foulée le patron des députés LR Olivier Marleix. « Nous prenons acte que la Première ministre a entendu un certain nombre de demandes, la première et la plus importante est que le rythme ne soit pas brutal », a-t-il poursuivi.

Cela devrait permettre à Élisabeth Borne d’éviter le 49-3 à l’Assemblée nationale, et parer ce texte controversé du vernis de la co-construction. Sur Twitter, le député socialiste de l’Essonne, Jérôme Guedj, ironise sur cette « réforme Ciotti », à laquelle s’opposent l’ensemble des forces syndicales et les partis de la NUPES.

Car malgré les progrès sociaux annoncés, notamment une meilleure prise en compte de la pénibilité des carrières ou un effort pour l’emploi des seniors, Élisabeth Borne conserve le report de l’âge légal, soit le point le plus sensible de la réforme.

« Report de l’âge de départ. Augmentation des annuités. Suppression des régimes spéciaux avantageux. La réforme Macron/Borne c’est une grave régression sociale », a réagi Jean-Luc Mélenchon, quand le communiste Fabien Roussel pointe une « réforme de combat contre le monde du travail ».

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Ligne rouge

Au-delà des responsables de gauche qui s’apprêtent déjà à descendre dans la rue, les syndicats — y compris réformistes — avaient fixé toute modification de l’âge de départ comme une ligne rouge. « Même avec des mesures positives sur les carrières longues ou la pénibilité, on reste opposé à la réforme avec une mesure d’âge », prévenait Laurent Berger.

Ce qui annonce un long bras de fer entre la contestation de la rue et le gouvernement, d’autant que la réforme porte également une mesure hautement inflammable : la fin des régimes spéciaux, y compris dans le secteur des transports.

« Les nouveaux embauchés à la RATP, dans la branche industries électriques et gazières et à la Banque de France », passeront ainsi au régime au général, ce qui a de fortes chances de déboucher sur des grèves pesant sur un climat social déjà compliqué. Pour contourner tout blocage, Élisabeth Borne mise sur la « clause du grand-père », établissant que « seuls les nouveaux embauchés recrutés à compter du 1er septembre 2023 » seront concernés par cette mesure.

Suffisant pour désamorcer la bombe contestataire ? Pas vraiment. Réunies pour décider des suites à donner aux annonces de la Première ministre, toutes les organisations syndicales ont annoncé « une première journée de grève et de manifestation » prévue jeudi 19 janvier.

« C’est cette date syndicale qui donne le départ d’une puissante mobilisation dans la durée », a averti le leader de la CFDT, Laurent Berger, les syndicats estimant que « rien ne justifie une réforme aussi brutale ». Un front uni et déterminé qui sera plus difficile à gérer qu’une alliance avec la droite à l’Assemblée nationale.

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