Réforme des retraites: Édouard Philippe déterminé, mais prêt à négocier

Accusé d'entretenir le flou sur sa réforme des retraites, Édouard Philippe tente de reprendre le dossier en main. À huit jours d'une journée de mobilisation contre cette réforme, le Premier ministre français se dit « plus que jamais déterminé » à mettre en place un nouveau système par points et universel.

Déterminé et conciliant à la fois, Édouard Philippe a réaffirmé l'ambition du gouvernement, tout en laissant ouverte la porte à la discussion. « Nous ne transigerons pas sur l’objectif mais nous prendrons le temps qu’il faut pour y arriver, a lancé le Premier ministre. Nous allons mettre un terme aux régimes spéciaux, mais nous ne voulons pas stigmatiser ceux qui s’y trouvent aujourd’hui. Autrement dit, l’universalité oui, la brutalité, non ».

Ce qui n'est pas négociable pour Édouard Philippe, c'est le changement de système. Ce qui est toujours négociable, en revanche, c'est la « transition », c'est-à-dire la date d'entrée en vigueur de ce nouveau système.

Trouver le bon curseur

« Je ne crois pas qu’une transition immédiate et brutale soit acceptable et légitime, et je ne crois pas qu’une transition lente au point de renvoyer à des dizaines d’années l’effet de la réforme soit opportune », a poursuivi le chef du gouvernement.

Il s'agit donc de trouver le bon curseur, ajoute Édouard Phillipe qui assure que la grève ne lui fait pas peur. « Je n’ai pas le sentiment d’être quelqu’un de tétanisé, en général on dit que je suis déterminé, parfois on dit que je suis calme. Je me reconnaîs assez bien dans ces deux qualificatifs ». Le chef du gouvernement a précisé que les grandes lignes de la réforme seront présentées autour de la mi-décembre.

Le Premier ministre a ainsi occupé le terrain depuis le début de la semaine pour faire ce qu'il appelle de la « pédagogie » mais surtout, pour bien montrer aux Français que l'exécutif prépare déjà l'après 5 décembre.

En communication, c'est ce qu'on appelle une séquence, et cette séquence, c'est Emmanuel Macron qui l'a lancée à l'issue de son déplacement à Amiens en fin de semaine dernière avec un objectif : essayer de montrer qu'il n'est pas tétanisé dans l'attente de la grève du 5 décembre.

Jouer la carte de l'opinion publique contre les grévistes

Le président de la République a réaffirmé que la réforme des retraites devait être faite et a décrit le mouvement des cheminots comme celui de la défense d'intérêts catégoriels. Une stratégie assez classique qui consiste à jouer la carte de l'opinion publique contre les grévistes. 

En même temps, il a demandé au Premier ministre de préparer les esprits dans la perspective du jour d'après. En consultant les partenaires sociaux et en annonçant que la réforme serait présentée après la mi-décembre. Une manière de donner des perspectives et de se laisser la possibilité de faire des annonces susceptibles de désamorcer le mouvement.

Emmanuel Macron est donc à la manœuvre, il a resserré les boulons lors d'un déjeuner à l'Élysée mardi et a fait savoir qu'il avait demandé à Edouard Philippe de « porter » la réforme. Un message notamment adressé à la majorité que le Premier ministre est venu rencontrer à l'Assemblée nationale. Dimanche, un séminaire gouvernemental viendra clore la séquence pour montrer que tout le gouvernement est sur le pont.

■ L'OCDE s'invite dans le débat sur les retraites

Dans un rapport publié ce mercredi 27 novembre l'OCDE encourage les gouvernements de ses pays membres à réformer leurs systèmes de retraites. Le premier impératif, selon l'OCDE, est de s'adapter au vieillissement de leur population. Les pays les plus riches de la planète comptaient deux personnes de plus de 65 ans sur dix en 1980. Elles seront six sur dix en 2060. Pour financer tous ces retraités, il s'agit donc d'adopter des réformes structurelles.

Les pré-retraites sont dans le collimateur de l'OCDE qui juge, par exemple, que l'Italie n'aurait pas dû assouplir les conditions de départ anticipé, comme elle l'a fait récemment. Ou encore, les régimes spéciaux, qui permettent à certaines catégories de travailleurs de partir à la retraite avant l'âge légal.

L'OCDE pointe directement la France, notant que presque tous les pays ont des régimes spéciaux pour les militaires, les pompiers ou les policiers, mais pas pour les cheminots ou pour les salariés des industries gazières. Comme un clin d'oeil à Emmanuel Macron, qui souhaite justement supprimer ces avantages.

Enfin l'OCDE appelle à relever le défi des emplois dits « atypiques » : les travailleurs indépendants, à temps partiels ou intérimaires, sont de plus en plus nombreux, mais leurs conditions de départ à la retraite sont souvent moins bonnes que pour les salariés classiques.