Réforme de l’ENA ou réforme de l’État ?

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Plus qu’une réforme de l’ENA, c’est une réforme de l’État, voire une réforme de l’action publique en général, qui est, selon Frédéric Thiriez, enfin lancée.
Plus qu’une réforme de l’ENA, c’est une réforme de l’État, voire une réforme de l’action publique en général, qui est, selon Frédéric Thiriez, enfin lancée.

Depuis le discours présidentiel du 8 avril sur la réforme de la haute fonction publique, l'attention des commentateurs s'est focalisée sur un point ? au fond accessoire ? : la « suppression » de l'ENA. « On brûle un symbole de la République ! »? « On offre le scalp de l'ENA aux Gilets jaunes ! » entend-on par ici, tandis que, pour d'autres, on se borne à changer le sigle de l'école : « L'ENA est morte, vive l'INSP ! »? « Tout ça pour ça ! » Alors, cette réforme, révolutionnaire ou cosmétique ?

En vérité, l'ENA ne mérite ni excès d'honneurs ni indignité. D'abord, l'idée de la supprimer n'est pas nouvelle. Dans les années 1960 déjà, le procès de l'énarchie avait été lancé par des intellectuels (Bourdieu et Passeron, Jean-Pierre Chevènement). Des hommes politiques de tous bords ont, à leur tour, réclamé la suppression de l'ENA (Jacques Chirac, Laurent Fabius, François Bayrou). Et il y a plus de cinquante ans, le très sérieux rapport de François Bloch-Lainé, inspecteur général des Finances, dressait un bilan très sévère des résultats de l'école et évoquait sa suppression.

Que reproche-t-on au système de l'ENA ?

Reconnaissons d'abord ses mérites : depuis 1945, elle a doté l'État de cadres de haut niveau, dévoués au service public malgré des conditions de rémunération peu attractives, intègres et motivés malgré des perspectives de carrière souvent incertaines. L'ENA jouit d'ailleurs d'une excellente réputation internationale. Alors pourquoi changer ? D'abord, parce [...] Lire la suite