Réforme américaine de la santé: les perdants et les gagnants

Ivan Couronne
Un plâtre chirurgical "pro-Obamacare", le 30 octobre 2013

Washington (AFP) - Le projet républicain d'abrogation d'"Obamacare" et de réforme de la couverture-maladie aux États-Unis conduirait des millions d'Américains supplémentaires à vivre sans assurance. L'effet sera très différent selon l'âge, les revenus et le type d'employeur.

Selon un rapport du Bureau du budget du Congrès (CBO), 14 millions de personnes de plus vivraient sans assurance en 2018 par rapport au statu quo, et 24 millions en 2026.

"Les chercheurs ont été surpris par cette estimation très élevée", dit à l'AFP Colleen Carey, professeure d'économie et experte du système de santé à l'Université Cornell. "La diminution est énorme dès l'année prochaine".

- Les salariés -

La moitié des Américains environ sont couverts via leur entreprise, souvent à un prix raisonnable. La réforme républicaine ne devrait pas les affecter, même si le CBO prévoit qu'un certain nombre d'employeurs pourraient être incités à ne plus offrir d'assurance à leurs salariés.

- Les plus de 65 ans -

Les personnes de plus de 65 ans sont l'autre grand groupe protégé de la réforme. Ils bénéficient depuis les années 1960 d'une couverture-maladie publique, Medicare. La réforme républicaine n'y touche pas.

- Les pauvres -

La catégorie la plus concernée par la réforme sont les bénéficiaires du programme d'assurance public Medicaid, créé dans les années 1960 et élargi en 2010 par la réforme de Barack Obama. En décembre, Medicaid couvrait 69 millions d'Américains.

Medicaid couvre historiquement les enfants pauvres et leurs parents, selon des conditions différentes selon les États, mais Obamacare a étendu la couverture aux adultes gagnant jusqu'à 138% du seuil de pauvreté (le niveau de pauvreté est fixé à 12.060 dollars par an pour un individu seul).

La réforme reviendrait sur cette extension à partir de 2020, privant de nombreux travailleurs pauvres de leur assurance. Et elle plafonnerait les aides fédérales aux États fédérés, qui cogèrent Medicaid et pourraient être forcés de réduire les critères d'accès ou les soins couverts.

Le CBO a calculé qu'à l'horizon 2026, sur les 24 millions de personnes qui perdraient leur assurance santé, 14 millions auraient été couverts par la version actuelle de Medicaid.

- Les "individuels" -

La couverture maladie des Américains qui ne reçoivent d'assurance ni de leur employeur, ni de Medicaid ou Medicare, est l'éternel problème du système de santé américain: "Il y en aujourd'hui une cinquantaine de millions", selon Colleen Carey.

Certains ont un emploi à mi-temps ou sont salariés d'une petite entreprise qui ne fournit pas d'assurance. Ou bien ce sont des travailleurs indépendants, des professions libérales ou des entrepreneurs.

Obamacare avait créé des aides pour ces individus qui chercheraient à s'assurer sur le marché individuel de l'assurance-santé. Ces aides, sous la forme de crédits d'impôts, privilégiaient les petits revenus: elles permettaient de plafonner à un pourcentage raisonnable des revenus les montants payés par chacun pour sa couverture-maladie.

La réforme républicaine maintient le principe des crédits d'impôts mais en réduit fortement les montants. Elle autorise parallèlement les assureurs privés à faire varier plus les primes d'assurance selon l'âge.

En moyenne, ces primes d'assurance diminueraient de 10% par rapport à Obamacare, selon le CBO.

Mais ce chiffre cache de fortes disparités.

L'effet est le plus négatif pour les personnes âgées, surtout dans les zones rurales où la santé coûte plus cher qu'en ville.

Une personne seule de 64 ans, gagnant 26.500 dollars par an, devrait ainsi payer de sa poche 14.600 dollars par an pour sa santé en 2026, contre 1.700 dollars sous Obamacare.

A l'inverse, une personne de 21 ans paierait moins.

"Le pire serait d'être une personne de 50 ans, dans une zone rurale, à bas revenus", conclut l'économiste Colleen Carey. "Le mieux sera d'être jeune, dans une ville, et de gagner par exemple 70.000 dollars par an".

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages