Réalisatrice de « Touchées », Alexandra Lamy se confie sur ses engagements féministes

French actress Alexandra Lamy poses during the annual gala for the season opening at the Opera Garnier in Paris, on September 24, 2021. (Photo by STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)
STEPHANE DE SAKUTIN / AFP French actress Alexandra Lamy poses during the annual gala for the season opening at the Opera Garnier in Paris, on September 24, 2021. (Photo by STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

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Alexandra Lamy, réalisatrice de « Touchées », en septembre 2021 (Photo by STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

VIOLENCES - Lucie (Mélanie Doutey) marche dans la rue, tête baissée, le dos légèrement courbé. Elle tressaute au moindre bruit, dort avec un couteau. Son corps tendu dit et vit la peur. Car la jeune mère a fui les coups et la violence. Loin de son ex-mari, elle tente d’avancer et de se reconstruire. Et parmi les outils proposés, elle teste l’escrime thérapeutique. Tremblante, elle enfile une combinaison blanche, un casque et brandit le fleuret lors de ces séances très spéciales. À travers cet exutoire, elle va fendre, briser, « tuer » symboliquement pour enfin se redresser. À ses côtés, des « soeurs d’armes » fissurées, comme la solaire Nicole (Claudia Tagbo) ou la ténébreuse Tamara (Chloé Jouannet).

S’emparer d’un sujet aussi sensible que les violences conjugales ? Tel était l’imposant défi d’Alexandra Lamy pour ses premiers pas en tant que réalisatrice. Mais l’actrice, l’engagement chevillé au corps, s’est lancée. Et a réussi son pari. Pudique et poignante, son adaptation du beau roman graphique de Quentin Zuttion Touchées (éditions Payot) vise juste. Et enserre le coeur.

Nous avons appelé la toute nouvelle réalisatrice alors qu’elle bataillait contre une méchante bronchite au festival de La Rochelle (où Touchées a remporté le prix du meilleur téléfilm) pour parler de ce premier essai, de ses colères féministes et de ses espoirs.

Terrafemina : Comment vous est venue l’idée d’adapter le roman graphique de Quentin Zuttion ?

Alexandra Lamy : C’est le producteur Philippe Boëffard qui est venu me voir : il avait été bouleversé par la bande dessinée de Quentin Zuttion et il m’a demandé de l’adapter. C’était un peu intimidant car je n’avais jamais rien réalisé à part un documentaire il y a quelques années.

J’ai lu la BD à mon tour et ai été chamboulée. Je suis très engagée contre les violences faites aux femmes, je travaille beaucoup avec des associations comme Résonantes ou La Maison des Femmes : ce récit de victimes de violences sexuelles qui tentent de remonter la pente m’a donc énormément parlé. Et j’ai décidé de me lancer sur ce projet en veillant à bien m’entourer.

Qu’avez-vous aimé dans cette histoire ?

A.L. : La bande dessinée aborde le thème de la reconstruction, de la sororité, de ces petites et grandes victoires. Il y a certaines choses qui peuvent paraître insignifiantes, mais qui sont énormes pour les victimes, comme le fait de pousser la porte d’une association par exemple. Et puis bien sûr, on y découvre ce sport, l’escrime thérapeutique, que je ne connaissais pas. Il y a ce casque sur lequel on peut projeter ce que l’on veut, cette armure qui nous protège et le fait que l’on puisse sortir ces « énergies meurtrières » qu’on a emmagasinées dans le corps pendant toutes ces années de violences.

Enfin, Quentin Zuttion évoque aussi le fait qu’il faut accepter d’être une victime pour pouvoir en sortir, se dire que ce n’est pas une fatalité. C’est très intéressant.

Comment avez-vous choisi vos trois comédiennes principales ?

A.L. : La première personne à laquelle j’ai pensée, c’est Mélanie Doutey, qui est une comédienne merveilleuse. L’avantage, c’est que j’avais son numéro de téléphone car c’est mon amie. C’est une actrice « de corps », et ces thèmes lui parlaient. J’avais besoin d’une actrice qui sache jouer la peur. Je ne voulais pas d’un personnage qui soit obligé de nous raconter qu’elle est effrayée.

Pour le personnage de Nicole, j’avais trouvé Claudia Tagbo étonnante dans un téléfilm d’Arte. Je l’imaginais parfaitement dans le rôle de la bonne copine qui est toujours là, avec son beau sourire, et à qui on a toujours oublié de demander comment elle va. J’étais ravie qu’elle me dise oui.

Et puis il y a ma fille, Chloé Jouannet, dans le rôle de Tamara.

Était-ce intimidant de travailler avec votre fille Chloé, surtout pour un rôle aussi intense ?

A.L. : Je savais qu’elle avait du talent. Si je pensais qu’elle était nulle, travailler avec elle, c’était me tirer une balle dans le pied(rires). Ce que j’aime chez Chloé, c’est qu’elle n’est pas une « jeune première’ » : si je devais tourner Les liaisons dangereuses, elle ne jouerait pas madame de Tourvel, mais madame de Merteuil. Elle dégage une sorte de fragilité et de violence. Chloé, c’est le feu. Et elle était donc parfaite pour ce personnage, d’autant qu’elle est touchée par mes engagements et ses copines sont concernées par ces sujets. Elle avait envie de défendre ce rôle.

Alors bien sûr, c’est ma fille et elle est toujours un peu mon bébé. Avant le tournage, je me disais : « Pourvu qu’elle soit à l’heure », « Pourvu qu’elle sache bien son texte »... Et au final, j’ai découvert une belle actrice en devenir et une grande fille. Elle m’a donné plus que je ne l’espérais.

Andréa Bescond, réalisatrice des Chatouilles dont on connaît l’engagement contre les violences sexuelles, joue ici la thérapeute. Vous a-t-elle conseillée ?

A.L. : Oui, beaucoup. Nous nous connaissions à travers toutes les manifestations féministes et notre travail avec les associations. J’étais contente qu’elle accepte ce rôle car je voulais être juste dans les mots employés par la thérapeute. Et j’avais besoin de quelqu’un qui « matche » avec Olivier Serwar, véritable maître d’armes l’association Active Ton Potentiel Escrime qui joue ici son propre rôle. Ils ont été d’une aide précieuse.

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