Les réalisateurs palestiniens Tarzan et Arab Nasser: «Gaza mon amour, pour toujours»

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Dans Gaza mon amour, petit chef-d'œuvre poétique qui sort ce mercredi 6 octobre en salles en France, les frères palestiniens Tarzan et Arab Nasser racontent une histoire d’amour entre Issa, un pêcheur sexagénaire modeste, et la couturière Siham vivant seule avec sa fille divorcée.

C’est peut-être la première fois qu’un film montre Gaza comme un endroit profondément romantique. Pour réaliser leur deuxième long métrage, Tarzan et Arab Nasser, les deux frères charismatiques, souvent habillés et maquillés de noir, ont consacré cinq ans de leur vie. Gaza mon amour est une aventure sentimentale racontée tout en délicatesse, doublée d’une poésie rare.

Les petits bonheurs à Gaza

Au cœur de l’histoire : Issa, 60 ans, figure inspirée par la vie quotidienne à Gaza, mais aussi par le père des réalisateurs. Toutes les nuits, Issa franchit le poste-frontière pour aller au port et prendre le bateau. Les quelques kilos de poissons pêchés lui permettent juste de survivre. Habité par un esprit libre et ô combien sentimental, il ne s’est jamais marié pour rester roi de son destin. Jusqu’au jour où il a jeté un œil sur sa voisine au marché, Siham. Comme lui, la couturière mène une vie modeste, se contentant des petits bonheurs quotidiens.

Mais depuis quelque temps, quelque chose tracasse Issa. Il ne sait pas comment déclarer sa flamme à l’heureuse élue et la séduire. Préparer un plat de poisson spécial ? Se parfumer le torse et la tête pour le prochain trajet en bus ensemble ? Ou simplement chercher un prétexte comme de se faire raccourcir ses pantalons au risque de les transformer en pantalon « feu de plancher » ? Comme un petit garçon, il tourne autour du pot, mais nous fait joyeusement tourner la tête aussi. « À Gaza, les hommes et les femmes se retrouvent dans la même situation. Ils doivent résister pour pouvoir continuer à vivre », nous confie Tarzan Nasser.

« Le peuple palestinien ne perd jamais l’espoir »

Bien entendu, une histoire d’amour se déroulant à Gaza ne peut pas être seulement une histoire d’amour. Donc, au second plan, on entend des bombardements israéliens, on subit avec Issa les coupures d’électricité, l’humiliation des contrôles et des arrestations arbitraires, et on est à ses côtés quand les Gazaouis exhibent sur le marché fièrement le nouveau missile made in Gaza.

« Issa est très humain, malgré la situation trop difficile de la vie, comme les bombardements incessants de l’armée israélienne, remarque Salim Daw qui interprète le pêcheur avec humour et humilité. La ville de Gaza a été plusieurs fois détruite, avec des morts et des blessés, mais Issa aime la vie et le rire. Moi-même, je suis palestinien. Le peuple palestinien ne perd jamais l’espoir d’arriver à des jours meilleurs. Issa, c’est le peuple palestinien. »

Issa tient tête à tous les obstacles et refuse de chercher son bonheur ailleurs : « Mon avenir est ici, à Gaza », lance-t-il à son ami qui cherche à s’exiler quelque part en Europe. « Issa a beaucoup d’espérance, explique Salim Daw. Il aime Gaza et sa région natale. Son amour est là-bas. Et il aime cette femme. Donc, son avenir est là-bas. »

Siham, le prototype de la mère palestinienne

« Le personnage de Siham est vraiment le prototype de la mère palestinienne, à la fois de cette tradition, de cet endroit, de cette mentalité, et à la fois on sent quand même qu’elle voudrait exister en tant que femme, elle veut aussi vivre », décrypte Hiam Abbass, qui incarne à merveille le rôle de Siham, un portrait en creux de la mère de Tarzan et Arab et que les deux réalisateurs exilés en France n’ont pas vu depuis des années.

Pour Hiam Abbass, la célèbre actrice palestinienne, le point fort du film, « c’est l’amour. À chaque fois, on parle de guerres ou de conflits, et on oublie qu’il y a une humanité, un amour pour la vie et la survie qui est plus grand que toutes les guerres et difficultés qui viennent de l’extérieur, de l’utilisation du pouvoir et de la force des armes et de tout ce qu’appartient à la guerre. De parler dans ces conditions de l’amour, et de l’amour de gens plus tout à fait jeunes et qui ont vraiment traversé des choses, c’est très touchant, c’est très beau. »

L’expérience du film touche à l’universel

Comme dans leur premier long métrage, Dégradé, qui avait mis en scène avec humour le quotidien des femmes palestiniennes, l’écriture filmique des frères palestiniens excelle aussi dans Gaza mon amour par sa simplicité. Sans oublier leur génie de jouer avec nos sentiments quand ils expriment ceux des personnages à l’écran.

Finalement, on n’est pas seulement avec eux, on fait partie d’eux, tellement l’expérience du film touche à l’universel. Avec le courage pour l’absurdité et un grain de folie, les cinéastes transforment Gaza en un lieu où l’on peut laisser libre cours à sa fantaisie et ses rêves. À la fin, l’enthousiasme exprimé à l’unisson par Tarzan et Arab Nasser devient évident : « Gaza mon amour, pour toujours ».

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