Le réalisateur Jean-Luc Godard, figure de la Nouvelle Vague, est mort

© Miguel Medina, AFP

Le réalisateur franco-suisse Jean-Luc Godard, icône de la Nouvelle Vague et monument du cinéma mondial qui signa notamment "À bout de souffle", "Pierrot le fou" ou encore "Alphaville" est mort mardi à l'âge de 91 ans.

Il était l'incarnation de la Nouvelle Vague et un dynamiteur des codes du cinéma. Le réalisateur franco-suisse Jean-Luc Godard est mort "paisiblement" mardi 13 septembre à son domicile dans la petite commune de Rolle en Suisse, a indiqué sa famille dans un communiqué transmis à l'AFP, confirmant une information du journal Libération citant l'entourage du cinéaste.

"Le cinéaste Jean-Luc Godard est décédé le 13 septembre 2022, annoncent son épouse Anne-Marie Miéville et ses producteurs. Aucune cérémonie officielle n'aura lieu. Jean-Luc Godard est décédé paisiblement à son domicile entouré de ses proches. Il sera incinéré", indique le communiqué.

Il a eu recours à l'assistance au suicide légale en Suisse "suite à de 'multiples pathologies invalidantes' selon les termes du rapport médical", a expliqué Patrick Jeanneret, confirmant une information publiée par le journal Libération.

Perpétuel révolté, "JLG" – comme on le surnommait – vivait depuis des années à Rolle, au bord du lac Léman, fuyant le monde du septième art.

Le président français, Emmanuel Macron, a salué sur Twitter l'inventeur d'"un art résolument moderne, intensément libre" et la perte d'"un trésor national".

"JLG" restera comme l'un des réalisateurs les plus influents des deux côtés de l'Atlantique. Un génial provocateur qui a révolutionné le cinéma pour ses inconditionnels, un intello torturé aux films incompréhensibles pour ses détracteurs.

Avec sa mort, un chapitre de l'histoire du cinéma se clôt, aux plans inoubliables : Bardot nue sur un lit, susurrant "Tu les aimes, mes fesses ?" ("Le Mépris"), Belmondo le visage barbouillé de bleu, bardé de dynamite ("Pierrot le fou"), Jean Seberg et son New York Herald Tribune vendu à la criée sur les Champs-Élysées ("À bout de souffle")...

"Et Godard créa le Mépris et c'est à bout de souffle qu'il a rejoint le firmament des derniers grands créateurs d'étoiles...", a réagi Brigitte Bardot sur Twitter, avec une photo d'elle, enlaçant le cinéaste.

Comme François Truffaut, Jacques Rivette ou Éric Rohmer, Jean-Luc Godard avait débuté comme critique de cinéma dans les années 1950 avant de passer à la réalisation en 1959 avec "À bout de souffle", film iconique de la Nouvelle Vague avec Jean-Paul Belmondo.

Nouvelle "grammaire" du cinéma

"À bout de souffle", film sorti en 1960, rencontra un grand succès et installa la figure de Jean-Luc Godard, son couvre-chef et ses volutes de cigare, dans le paysage parfois trop lisse du cinéma français et international.

"Je croyais que je filmais 'Le Fils de Scarface' ou 'Le Retour de Scarface', et j'ai compris que j'avais plutôt tourné 'Alice au pays des merveilles', plus ou moins", avait témoigné en 1968 Jean-Luc Godard, de sa voix si singulière, à propos de l'histoire de Michel, jeune voyou insolent, et Patricia, étudiante américaine qui, pour se faire un peu d'argent, vend le Herald Tribune sur les Champs-Élysées – une histoire qui fascina une génération de cinéphiles.

Jean-Luc Godard avait inventé une nouvelle "grammaire" du cinéma, et faisait souffler un vent de liberté reflétant les bouleversements d'une époque. Jean-Luc Godard participa à Mai-68, filmant les événements, et exigea avec d'autres l'arrêt du Festival de Cannes "en solidarité avec les étudiants".

Revendiquant, au-delà de la poésie du réel, un cinéma politique, Jean-Luc Godard évoqua notamment la guerre d'Algérie dans "Le Petit Soldat", sorti en 1963, au cours duquel il rencontra Anna Karina, muse et épouse éphémère, qui électrisa de sa présence plusieurs de ses films : "Une femme est une femme", "Vivre sa vie", "Bande à part", "Alphaville" (Ours d'or à Berlin en 1965), "Pierrot le fou" et "Made in USA".

"Jean-Luc Godard, au contraire"

Provocateur né, Jean-Luc Godard était aussi une figure importante mais inclassable pour la gauche. "L'Helvète anarchiste", selon les termes des organisateurs du Festival de Cannes qu'il contribue à faire annuler en mai 1968, était à la même époque "le plus con des Suisses pro-Chinois" pour les situationnistes.

Il se lance à cette période dans un cinéma militant avec des films-tracts de trois minutes, renie sa production passée. Voulant "faire politiquement du cinéma politique", il abandonne la notion d'auteur.

Par la suite, le réalisateur à l'engagement propalestinien, parfois accusé d'antisémitisme, réalisera, avec sa dernière compagne Anne-Marie Miéville, "Ici et ailleurs", un film dans lequel il compare les juifs aux nazis, qui fait scandale.

Il fâchera aussi le pape Jean-Paul II avec "Je vous salue, Marie" et sa Vierge nue à l'écran.

En 2018, le Festival de Cannes lui délivrait une Palme d'or "spéciale" pour "Le Livre d'image", un prix qu'il n'était bien entendu pas venu chercher, pas plus que son prix du jury en 2014 pour "Adieu au langage".

Célèbre pour ses aphorismes et bons mots, l'homme-cinéma avait de son vivant suggéré son épitaphe : "Jean-Luc Godard, au contraire".

Godard, un dieu ?

En 2018, pendant le Festival de Cannes, France 24 avait mené son enquête sur la possible immortalité de Jean-Luc Godard. Guillaume Guguen écrivait qu'"à Cannes, Jean-Luc Godard est un dieu. Il suffit de décomposer son nom pour le prouver : god-ard ('god' signifie 'dieu' en anglais, et 'ard', c’est plus simple, signifie 'art').

Pour ceux qui ne croiraient pas au sens caché des mots (lisez Jacques Lacan), nous avons tenté de rassembler d’autres preuves de la divinité du cinéaste helvète."

Retrouvez cet article ici : >> Cannes, jour 5 : cinq raisons de penser que Jean-Luc Godard est un dieu

Avec AFP et Reuters