A la Une: la réélection d'Emmanuel Macron vue par la presse des Amériques

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Les résultats du second tour de la présidentielle française se font une place un peu partout sur les Unes du continent, du Globe and Mail au Canada jusqu’à Clarin en Argentine, pour qui « la réélection de Macron provoque un soulagement en Europe ». En Une d’El Mercurio au Chili, le président français, tout sourire, célèbre sa victoire avec sa femme. La palme du titre revient tout de même au titre de Diario 2001, au Venezuela : « les Gaulois préfèrent se répéter ».

Au Canada, Le Devoir estime que si Emmanuel Macron l’emporte « haut la main », il est « difficile de savoir quelles seront les priorités de ce second mandat, tant Emmanuel Macron a fait du charme à la gauche, à la droite et même à la gauche radicale ». Une seule certitude : « le président ne bénéficiera d’aucun état de grâce ». Car « ce dernier score de Marine Le Pen est sans précédent », souligne Le Devoir, « devant un “barrage républicain” amoindri. » C’est la preuve, estime The Globe and Mail, « des divisions de plus en plus profonde en France, qui risquent de rendre le second mandat d’Emmanuel Macron difficile ».

Comment la France en est-elle arrivée là ? Pour le politologue Thomas Guénolé, interrogé par La Presse, « c’est un peu comme la grenouille qui est dans une casserole d’eau. Comme c’est graduel, elle ne réagit pas, elle s’habitue et elle finit par être ébouillantée. Nous sommes en train de nous habituer à la vague montante du néo-fascisme ».

Les États-Unis, la France et la Russie

En ces temps de guerre en Ukraine, la presse des États-Unis relève que Marine Le Pen est, « une sympathisante de longue date du président russe Vladimir Poutine (...) : elle aurait certainement affaibli le front allié pour sauver l’Ukraine », estime le New York Times. Même chose pour le quasi-départ qu’elle promettait de l’Union européenne, qui aurait « mis l’UE sous assistance respiratoire » et « endommagé un garant essentiel de la paix sur le continent dans un moment extrêmement volatil ».

Les résultats de ce dimanche sonnent aussi comme un avertissement pour l’Otan, estime Politico : Marine Le Pen avait promis de retirer la France de son commandement intégré si elle était élue. Bref, il est « plus vital que jamais que le Centre tienne en France, ce pays européen clé », estime le Washington Post : « Si Emmanuel Macron tire les bonnes leçons de cette envolée populiste, s’il répond aux critiques justifiées et gouverne en conséquence, le Centre peut continuer de tenir en France, et les Américains peuvent l’espérer, gagner du terrain ».

Au Venezuela, les félicitations de l’opposition à Emmanuel Macron

Au Venezuela, El Nacional s’intéresse à la réaction de l’opposition dans ce pays, qui a félicité le président français pour sa victoire. Elle l’a aussi remercié pour « avoir attiré l’attention sur la dictature de Nicolas Maduro », en espérant que son « appui à la lutte démocratique se poursuivra ».

Au Pérou,El Comercio propose un portrait d’Emmanuel Macron, « “l’outsider” qui a révolutionné la politique française et freiné l’extrême droite à deux reprises ». Le journal nicaraguayen Confidencial dresse un bilan plus mitigé, se demandant si, dans le monde en général, « les jeunes basculent vers la droite » : en Italie, en Espagne et donc en France, car c’est chez les 65 ans et plus que le président a trouvé son principal appui : Marine Le Pen l’a battu chez les 25-49 ans.

Le Nicaragua se retire de l’OEA

C’est la suite, remarque La Prensa, du processus lancé par Managua à la fin de l’année dernière, en réponse à la résolution de l’Organisation des États américains déclarant illégales les élections du 7 novembre. Carlos Cascante Segura, un spécialiste en relations internationales, estime que le président Ortega suit sa ligne : « s’éloigner des institutions du continent qui remettent en question la dictature ». Confidencial rapporte que le régime de Daniel Ortega et Rosario Murillo a aussi fait fermer les bureaux à Managua de l’OEA, qui réagit en parlant d’une « violation des normes internationales les plus élémentaires ».

Arturo McFields, l’ancien représentant permanent du Nicaragua à l’OEA, qui avait dénoncé la dictature dans son pays avant d’être limogé, estime dans Trinchera de la Noticia que ces bureaux « ont fait partie d’un processus historique de pacification du Nicaragua. Ce gouvernement ferme une porte à la paix ».

Un mois de plus d’état d’urgence au Salvador

Au Salvador, l’Assemblée nationale a prolongé d’un mois l’état d’urgence mis en place par le président Bukele, après les violences des bandes armées fin mars qui avaient fait 87 morts. L’Assemblée a voté à 65 voix pour, cinq contre, rapporte Diario Co Latino. La presse s’insurge contre cette prolongation, particulièrement La Prensa Grafica : « Bukele dicte un nouveau mois d’exception sans débat ».

Le journal dénonce une « fiction », celle d’un « État qui résout la crise de sécurité publique par magie en détenant 13 000 personnes, la même magie avec laquelle pendant deux ans et demi il a prétendu l’avoir résolue avec un programme de reconstruction sociale qui aujourd’hui brille par son silence et son obsolescence ».

El Salvador a interrogé des avocats, pour qui la prolongation de l’état d’urgence « n’est pas nécessaire » : l’un d’eux explique qu’avant la mise en place de cette loi, rien n’empêchait les forces de sécurité d’enfermer les membres des bandes armées. Les avocats dénoncent également les abus et violations des droits de l’homme commis contre des personnes enfermées alors qu’elles n’avaient aucun lien avec ces bandes. La Prensa Grafica rappelle que jusqu’ici quatre personnes sont mortes en prison pendant l’état d’urgence. « La dérive autoritaire de Nayib Bukele s’est approfondie » pendant ce mois d’état d’urgence, estime dans El Savador, l’enquêteur de Human Rights Watch Juan Pappier.

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