Quinze ans après l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, les faits sont prescrits

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En Russie, il y a quinze ans, la journaliste d’investigation était tuée par balles dans sa cage d’escalier. Les faits sont désormais prescrits et le ou les commanditaires toujours non identifiés du crime ne peuvent plus être poursuivis. Son rédacteur en chef et ses anciens collègues de Novaïa Gazeta ont rendu public, ce jeudi 7 octobre, un film sur son parcours et l’enquête.

Avec notre correspondante à Moscou, Anissa El Jabri

La prescription pénale n’est pas la fin du combat. Le journal Novaïa Gazeta et les anciens confrères d’Anna Politkovskaïa ne lâchent rien. L’enquête que la police n’a pas menée, ils la poursuivent avec notamment, dans ce film de 1h53 d’enquête et d’hommage qu’ils ont réalisé, un témoin jusqu’ici resté dans l’ombre. Oleg Goloubovitch a donné ces détails au journaliste Sergueï Sokolov, qui raconte : « Goloubovitch nous a donné, sous enregistrement, son témoignage détaillé, rapporte-t-il. Les organisateurs et commanditaires de l’assassinat sont les témoins principaux de l’accusation, le sous-colonel de la ville de Moscou responsable de la surveillance extérieure Pavlioutchenkov et le chef criminel Lom-Ali Gaïtoukaïev. »

Critique du Kremlin, en particulier de sa guerre sanglante en Tchétchénie et du dirigeant de cette république Ramzan Kadyrov, la journaliste d'investigation de Novaïa Gazeta a été abattue dans sa cage d'escalier le 7 octobre 2006. Un assassinat coïncidant avec l'anniversaire du président Vladimir Poutine. Aujourd'hui, seuls des exécutants ont été condamnés.

Impunité

Le journal va désormais se battre pour obtenir devant les tribunaux la réouverture de l'enquête jusqu'à ce que soit révélé le nom du donneur d'ordre. En cette journée de deuil pour le journal, la charge émotionnelle reste forte. « Anna, pardonnez-nous de ne pas avoir pu vous protéger, que quinze ans se soient écoulés depuis votre assassinat sans que les commanditaires aient été punis », déclare Elena Kostyuchenko, chargée de l'investigation au journal, en pleurs face à la caméra.

Le rédacteur en chef Dmitri Mouratov est déterminé, mais conscient des risques. « L'impunité, le meurtre de Politkovskaïa toujours non élucidé, ça montre en fait que le journalisme n’est pas toujours compatible avec le fait de rester en vie », lâche-t-il.

Depuis 2000, six journalistes de Novaïa Gazeta ont été assassinés.

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