Questions dérangeantes sur l'épidémie

L’objectif de l’enquête gouvernementale sur l’ESB (rapport Phillips) avait pour but de tirer les leçons des erreurs passées. Mais pouvons-nous être sûrs qu’un tel désastre ne se reproduira pas ? La réponse est simple : c’est non. Nous savons que l’ESB a fait des ravages dans le bétail britannique, et nous assistons aujourd’hui aux débuts d’une épidémie de nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob dans la population. Mais notre connaissance de l’ampleur réelle de la diffusion de l’ESB est tellement incomplète que nous ne pouvons pas dire si la consommation de viande est sans danger. Le mouton, l’agneau, le porc et même le poulet pourraient être porteurs de l’infection. Et peut-être sommes-nous en train de répéter les erreurs qui ont permis à l’ESB d’atteindre chez les bovins des proportions échappant à tout contrôle.
Le problème ne concerne pas que le Royaume-Uni. La France et le Portugal commencent juste à comprendre qu’ils comptent beaucoup plus de cas d’ESB qu’ils ne le pensaient, et des surprises désagréables de cet ordre attendent probablement les autres pays d’Europe. Des cas de nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob ont déjà fait leur apparition en dehors du territoire britannique. Ce qui est sûr, c’est que des porcs, des poulets, des moutons et même des poissons d’élevage ont été exposés à des farines animales contaminées. Un peu partout en Europe, et peut-être ailleurs, l’usage de ces farines perdure [il vient d’être interdit en France]. Le Royaume-Uni a proscrit en 1996 que l’on ait recours à des carcasses dans la préparation des aliments pour bétail. Mais ailleurs en Europe, où le nombre d’animaux infectés est certes réduit mais malgré tout non négligeable, on nourrit encore les non-ruminants avec ce type de produits ; et même des ruminants, d’après les scientifiques de la Commission européenne.
De plus, certains pays dans lesquels le bétail pourrait être touché ne commenceront que cette année à éliminer des aliments destinés à la consommation humaine les farines animales et les tissus infectés comme la cervelle et la moelle. Les spécialistes ont cependant recommandé que ces tissus à haut risque soient supprimés dans tous les pays de l’UE dès 1997, souligne Albert Osterhaus, de l’Université de Rotterdam, membre du groupe de consultants auprès de la Commission européenne sur les encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST).
En outre, il est désormais évident que des maladies comme l’ESB affectent diverses espèces de façon radicalement différente. Une espèce sera infectée par un prion sans manifester de symptômes, mais pourra quand même transmettre la maladie à une autre espèce qui, elle, tombera effectivement malade. Par exemple, on n’a constaté aucun déclenchement visible d’EST, ces affections dont l’ESB fait partie, chez les porcs et les poulets. Des chercheurs travaillant pour le ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation britannique n’ont pas réussi à provoquer l’apparition de la maladie chez les porcs et les poulets en leur donnant des farines contaminées. Cela pourrait signifier que cette viande-là est consommable sans risque. Mais personne n’a tenté de nourrir des vaches ou d’autres animaux à partir de tissus prélevés sur les porcs ou les poulets ayant mangé des farines contaminées. Or ce serait la seule façon de savoir s’ils ne sont pas, malgré tout, dangereux.

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