La question de la récidive au cœur du procès de David Ramault, accusé du viol et du meurtre d'Angélique, 12 ans

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David Ramault.. - Capture BFMTV
David Ramault.. - Capture BFMTV

Côté pile un voisin sans histoire, côté face un homme condamné pour viol près de 25 ans plus tôt et sorti de prison sans suivi médical: le procès de David Ramault, accusé d'avoir violé et tué la petite Angélique en 2018, s'ouvre mardi devant les assises du Nord.

Le procès de ce chauffeur de bus de 48 ans, père de deux enfants, doit se tenir jusqu'à vendredi à Douai, trois ans et demi après ce drame qui avait suscité une forte émotion et relancé le débat sur la castration chimique des délinquants sexuels.

L'accusé "souhaite être jugé, être condamné, purger sa peine"

La famille "attend mais redoute aussi beaucoup ce procès", souligne Audrey Jankielewicz, avocate des proches de la collégienne de 12 ans.

"Elle attend une vérité complète, absolue, sur ce qui s'est passé, sur tous les sujets", ajoute-t-elle.

David Ramault, lui, "souhaite être jugé, être condamné, purger sa peine", assure son avocat, Eric Demey, qui insiste sur sa "conscience particulièrement aiguë de sa culpabilité".

Le 25 avril 2018, Angélique disparaît après être sortie jouer dans un parc près de chez elle, à Wambrechies, dans la banlieue de Lille. Les recherches menées par les enquêteurs dans le Fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS) permettent d'identifier David Ramault, habitant lui aussi Wambrechies et ancien voisin de la famille d'Angélique.

Placé en garde à vue, il avoue sans difficulté avoir enlevé, violé puis étranglé la fillette avec son pantalon. Il explique l'avoir tuée par peur de retourner en prison s'il la laissait partir.

Une condamnation pour viol

Condamné en 1996 à neuf ans de réclusion pour viol sous la menace d'une arme, attentats à la pudeur aggravés et vol avec violence, il avait été libéré en 2000 sans obligation de soin.

Après ses aveux, le quadragénaire conduit les policiers jusqu'au corps de sa victime, qu'il a dissimulé sous la végétation dans une commune voisine, après avoir acheté une pelle et tenté de l'enterrer.

L'inspection de son matériel informatique a montré qu'il effectuait des recherches d'images pornographiques avec le mot "teen" ("ado").

"Il regrette d'avoir été submergé par cette pulsion", insiste Me Demey, qui rejette toutefois l'idée d'un "instinct meurtier" de son client en soulignant qu'"il n'y a rien eu d'autre" pendant les 24 ans séparant les deux passages à l'acte.

"C'est le procès d'une petite fille qui n'est plus là"

Son arrestation avait relancé le débat sur le suivi des délinquants sexuels. Laurent Wauquiez, alors président du parti Les Républicains, avait estimé que "les prédateurs sexuels (devaient) soit subir une castration chimique, soit rester en prison".

Pour Me Jankielewicz, la question du suivi socio-judiciaire "sera nécessairement abordée, mais pour la famille, c'est le procès d'une petite fille qui n'est plus là". Trois associations de défense des droits de l'enfant se sont portées parties civiles.

"Si à l'époque de sa condamnation, le suivi socio-judiciaire n'existait pas (...), le juge d'application des peines aurait néanmoins pu lui imposer des soins thérapeutiques. Or l'homme est sorti de prison sans aucune obligation de traitement, alors même qu'il présentait une personnalité anxieuse, antisociale avec des troubles psycho-sexuels", déplore dans un communiqué l'Enfant Bleu.

Pas de suivi psychothérapique après la première détention

La loi du 17 juin 1998, ou loi Guigou, adoptée deux ans après la condamnation de David Ramault par les assises du Nord, prévoit que les auteurs d'infractions sexuelles puissent être astreints, après leur incarcération, à un suivi socio-judiciaire pouvant inclure une obligation de soins.

L'Enfant Bleu "appelle aujourd'hui à un suivi socio-judiciaire systématique de tous les condamnés pour infractions sexuelles avec des moyens adaptés et des professionnels formés".

L'expertise psychologique effectuée sur David Ramault souligne que cet homme, à la personnalité marquée par un abandon maternel précoce, n'a pas mis à profit sa première période de détention pour enclencher un suivi psychothérapique.

"Il n'a rien demandé mais on ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir fait lui-même de démarches alors qu'aucune autorité médicale n'a estimé qu'il avait besoin de quelque chose", répond son avocat.

Article original publié sur BFMTV.com

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