La question des passeports vaccinaux contre le Covid-19 divise l'Europe

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L'Islande est le premier pays au monde à lancer son passeport vaccinal. Chypre, la Grèce et d'autres pays de l'UE envisagent également l'adoption d'un document de voyage européen attestant de la vaccination anti-Covid, mais l'idée ne fait pas consensus parmi les États membres.

Les 27 États membres de l'Union européenne se sont mis d'accord le 28 janvier sur une série de principes pour harmoniser des "certificats de vaccination contre le Covid-19", à défaut d'une entente sur un passeport vaccinal. Leur délivrance a été jugée prématurée par plusieurs pays comme la France et l'Allemagne, en raison de la faible proportion de la population vaccinée et des incertitudes entourant encore l'effet du vaccin sur la transmission du virus.

Dans le même temps, l'Islande, qui n'est pas membre de l'UE mais fait partie de l'espace Schengen de libre circulation, a déjà annoncé avoir délivré ses premiers passeports vaccinaux. Prenant la forme de "certificats" de vaccination numériques, ces documents sont destinés à faciliter le voyage des Islandais.

Dans ce pays, quelque 4 800 personnes ayant reçu deux doses d'un vaccin contre le Covid-19 étaient déjà éligibles à ces certificats après le lancement le 21 janvier d'un service dédié en ligne, selon le ministère islandais de la Santé. L'objectif est "que les individus puissent présenter ce certificat de vaccination lors des contrôles aux frontières et être ainsi exemptés des mesures de restrictions frontalières conformément aux règles du pays concerné", a expliqué le ministère.

Des restrictions levées pour les voyageurs vaccinés ?

Or pour l'heure, l'Islande étant le seul pays au monde à proposer ce "passeport vaccinal" à ses habitants, ce document ne vaut rien. Par ailleurs, d'un point de vue médical, les autorités sanitaires islandaises reconnaissent avoir des doutes sur l'effet du vaccin. "Nous ne savons pas encore si ceux qui sont infectés après la vaccination sont moins susceptibles de transmettre la maladie à d'autres ou non", indiquent-elles sur leur site officiel.

Pourtant, d'autres pays européens aimeraient lui emboîter le pas. La Grèce pousse en ce sens pour sauver le secteur touristique, de même que la Hongrie et le Danemark. Plusieurs pays européens font déjà de la vaccination contre le Covid-19 un critère pour une entrée sans restriction sur leur sol. C'est le cas de la Roumanie, mais aussi de Chypre, où le ministre des Transports, Yiannis Karousos, a annoncé début décembre l'exemption à partir du 1er mars 2021 des restrictions de quarantaine pour les passagers qui présenteraient une preuve de vaccination anti-Covid.

Dans l'UE, plus de 10,6 millions de doses ont été administrées à quelque 2 % de la population, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir des données officielles disponibles le 28 janvier. L'entrée en vigueur d'un passeport vaccinal a donc été jugée prématurée. Celui-ci serait potentiellement discriminatoire en raison de la faible proportion de la population vaccinée.

En France, le président Emmanuel Macron a déclaré, le 22 janvier, qu'il fallait traiter cette question avec "une grande prudence", principalement à cause du manque de "données sur l'absence de contagiosité des personnes vaccinées". Mi-janvier, le comité d'urgence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'était dit, quant à lui, opposé "pour le moment" à l'instauration de certificats comme condition d'entrée dans un pays à des voyageurs internationaux.

Un certificat de vaccination standardisé en Europe

En revanche, les pays de l'Union européenne se sont entendus sur l'adoption d'un certificat de vaccination commun, dont le but est de constituer des preuves de vaccination standardisées "à des fins médicales". Il pourrait s'avérer utile, par exemple, dans le cas d'une personne qui recevrait une deuxième dose de vaccin dans un pays différent de celui où elle a reçu la première, pour attester de l'injection initiale. Ou encore dans le cas d'un patient qui aurait des effets secondaires liés au vaccin.

Laissant la porte ouverte à un futur passeport vaccinal européen, la Commission européenne a toutefois précisé que l'utilisation de ce certificat commun pour "d'autres raisons" pourra être décidée par les pays membres ultérieurement.

Selon la Commission, 11 États membres ont indiqué qu'ils utilisaient déjà des certificats de vaccination anti-Covid, et sept États membres ont l'intention de le faire. Ces documents n'autorisent toutefois pas les vaccinés à voyager librement en Europe.

Ailleurs dans le monde, les Seychelles ont rouvert leur frontière le 15 janvier aux touristes, à condition que ceux-ci soient vaccinés. Les personnes souhaitant se rendre sur cet archipel de l'océan Indien devront "produire des documents certifiant qu'elles ont été vaccinées et qu'elles ont reçu la seconde dose au moins deux semaines auparavant", ainsi qu'un test Covid négatif. Les autorités du pays espèrent ainsi relancer l'industrie touristique, qui représente pour 65 % du produit intérieur brut.

Avec AFP et Reuters