Qu'est-ce que la Ligue de défense noire africaine, que veut dissoudre Gérald Darmanin?

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La Ligue de défense noire africaine lors de la manifestation contre les violences policières le 6 juin 2020 à Paris. - Anne-Christine Poujoulat - AFP
La Ligue de défense noire africaine lors de la manifestation contre les violences policières le 6 juin 2020 à Paris. - Anne-Christine Poujoulat - AFP

"J'ai décidé de lancer la procédure engageant la dissolution de la Ligue de Défense Noire Africaine" (LDNA), a déclaré ce lundi sur Twitter le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, caractérisant cette structure de "raciste" appelant à "la haine et à la discrimination". Il accuse l'organisation d'être à l'origine de "troubles à l'ordre public", notamment ce week-end à Val-de-Reuil, dans l'Eure.

Ce n'est pas la première fois que des élus appellent à dissoudre la LDNA, qui a déjà fait parler d'elle pour plusieurs actions ces dernières années.

· Qu'est-ce que la LDNA?

Les premières traces de cette structure remontent à fin 2017 - début 2018, période à laquelle elle commence à poster du contenu sur les réseaux sociaux. Cette organisation se décrit sur son site et ses réseaux sociaux comme un "mouvement contre la négrophobie, le racisme, la discrimination, le néocolonialisme, prônant le respect de la communauté noire", mais aussi un "mouvement révolutionnaire pour la défense des droits des Afrodescendants et des Africains".

Cette organisation ne semble pas être une association au sens officiel du terme, soit qui a effectué une déclaration au greffe des associations. Mais, contacté par BFMTV, le ministère de l'Intérieur, explique qu'il est tout à fait possible de dissoudre un groupement de fait, même s'il n'a pas d'existence juridique.

L'organisation vient en aide à des personnes victimes de racisme, mais c'est par ses actions sur le terrain, à partir de 2018, que la LDNA se fait connaître. Sur leur page Youtube aux 33.000 abonnés sont également abordés des sujets internationaux, comme l'esclavage en Libye, la situation au Mali, en Haïti ou encore au Venezuela.

En 2018, un des membres de l'organisation entre dans une agence bancaire des Hauts-de-Seine pour demander le licenciement d'un des employés, appartenant au groupe d'extrême droite Génération identitaire. En 2019, certains militants de la ligue manifestent, aux côtés d'autres associations, contre la représentation de la tragédie Les Suppliantes d'Eschyle à la Sorbonne. En cause, l'utilisation de masques et de maquillages sombres par des acteurs blancs, qui s'apparente pour les militants à une blackface.

La même année, la ligue manifeste contre une exposition sur le pharaon Toutânkhamon à la Grande Halle de la Villette, scandant "Non à la spoliation de l’histoire africaine" ou encore "Les pharaons n’étaient pas blancs!", comme le rapporte alors Le Figaro. En 2020, des membres de l'organisation s'étaient également introduits illégalement dans les locaux du journal Valeurs Actuelles, après la publication d'une fiction dans laquelle la députée LFI Danièle Obono avait été dépeinte en esclave.

· Qui est à l'origine de ce mouvement?

Ce mouvement a été fondé par Egountchi Behanzin, est-il précisé sur la page Youtube de la LDNA. L'homme apparaît dans quasiment toutes les vidéos de la chaîne de l'organisation et est présent à la plupart des actions, abordant souvent un béret avec le logo doré sur fond noir de la LDNA. Sur sa page Twitter, il se qualifie d'"activiste politique, résistant pan-Africain, combattant de la liberté et révolutionnaire".

"La LDNA a été fondée et est dirigée par Sylvain Afoua, alias 'Egountchi Behanzin'", écrit le site Conspiracy Watch, qui a consacré un article à l'organisation. Ce nom d'emprunt viendrait de du roi d'Abomey (ancien royaume africain su Sud de l'actuel Bénin) appelé Béhanzin, connu pour avoir lutté contre les forces coloniales françaises.

Egountchi Behanzin a été condamné, en novembre 2019, avec un autre membre de la LDNA, à six mois de prison pour "acte d'intimidation" à l'encontre de l'ex-maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), Patrick Balkany. Les deux membres de la LDNA s'étaient filmés dans la rue suivant l'élu et l'interpellant plusieurs fois au sujet de problèmes rencontrés par une femme de la ville, comme le rappelle Le Parisien.

· Pourquoi le mouvement est-il critiqué?

Ce n'est pas la première fois que ce mouvement est pointé du doigt pour des déclarations jugées problématiques. En janvier dernier, après l'annonce de la mort de deux soldats français tués au Mali, la LDNA écrivait ne pas "regretter la mort de ces militaires qui n’auraient pas dû protéger au Mali les intérêts économiques de la bourgeoisie criminelle française menée par Bolloré". "Peuple français, mobilisez-vous pour que Emmanuel Macron rapatrie les terroristes militaires français qui meurent en Afrique en protégeant les intérêts de la bourgeoisie criminelle française!", écrivait alors l'organisation sur sa page Facebook.

En novembre 2020, la LDNA écrivait sur son site au sujet du général De Gaulle qu'elle allait "cracher sur sa tombe prochainement au nom des martyrs africains qui méritent qu’on cache sur cet odieux personnage genocidaire". Cette déclaration avait provoqué l'ire d'élus. Le député Les Républicains Julien Aubert avait alors écrit au ministre de l’Interieur pour demander la dissolution de ce groupe, tout comme le député LR Pierre-Henri Dumont. Plusieurs politiques, dont des membres du Rassemblement national, avaient déjà demandé la dissolution de l'association, notamment depuis une manifestation organisée contre les violences policières en juin 2020 devant l'ambassade des États-Unis.

Les incidents à Val-de-Reuil sont intervenus après une semaine de tensions dans la ville, provoquées par une dispute entre deux enfants, dimanche 5 septembre après-midi. Après l'intervention des parents, "des échauffourées, impliquant une petite centaine de personnes" avaient éclaté, se poursuivant jusque dans la soirée, selon un communiqué de la mairie. Quant à l'altercation avec des membres de la LDNA, le maire PS Marc-Antoine Jamet parle de "trente individus racistes et violents" qui ont "envahi la mairie" samedi. "Rejoints par 70 autres", ils "arrachent la porte de la salle du conseil" et "bousculent une élue courageuse portant l'écharpe tricolore".

Dans un droit de réponse, la LDNA nie que quiconque ait été blessé dans leur action à la mairie, et déclare que des personnes noires de la commune ont été victimes d'insultes racistes liées aux échauffourées de la semaine dernière.

Article original publié sur BFMTV.com

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