Qu'est-ce qu'un coupeur de feu ?

Photo d'illustration
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La pratique est au coeur des débats depuis qu'elle a été mise en avant dans une émission diffusée sur France 2.

L'émission passe mal chez de nombreux médecins. Mardi 19 juillet, France 2 diffusait son émission de santé "Les pouvoirs extraordinaires du corps humain", présentée notamment par Michel Cymès et dédiée aux guérisons inexpliquées.

Au programme : magnétisme, acupuncture, hypnose ou des coupeurs de feu. C'est cette pratique, mise en avant par un tweet de France 2, qui suscite particulièrement la colère des médecins. On y voit un bébé de 14 mois brûlé au deuxième degré être apaisé par une "coupeuse de feu" à l’hôpital de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie), Myriam, cadre dans une unité de jour. Cette capacité qui lui permettrait, en mettant ses mains au-dessus d’une brûlure, de "couper le feu" et de soulager les patients.

Une pratique héritée d'un don et basée sur une prière

Cette pratique se base généralement sur une prière, catholique ou protestante. Les coupeurs de feu, qui affirment avoir un don qu'ils ont développé ou ont hérité, disent pouvoir soulager les douleurs dues aux brulures, en mettant ses mains sur la zone du corps touchée, comme dans le reportage, ou par téléphone.

La mise en avant d'une telle pratique dans le reportage a fait bondir de nombreux soignants. "Charlatanisme", "Fake med" ou "pratique chamanique" figurent parmi les critiques des professionnels de santé contre cette activité.

Si la pratique est largement décriée par une partie du corps médical, plusieurs patients témoignant de l'efficacité des coupeurs de feu. "L’infirmière a placé une main au-dessus de mon visage, j’ai senti une chaleur se dégager et la douleur s’est atténuée. Elle a renouvelé son geste sur toutes les zones brûlées. Impressionnant ! ", témoignait auprès de Paris Match Leïla, victime de brûlures après des projections d'huile bouillantes.

"Ce n’est pas l’action du coupeur qui agit, c’est un mécanisme neuro-cérébral"

Richard Monvoisin, enseignant-chercheur en pensée critique à l'Université Grenoble-Alpes, étudie cette pratique depuis plusieurs années. Il nous explique comment cela fonctionne : "Prenons un cas classique : je me brûle. Généralement, c’est sur une petite zone, très douloureuse, mais pas au point d’appeler le SAMU. J’appelle le coupeur, et moins d’une heure après, la douleur s’en va. Mieux encore, à long terme, je n’ai pas de cicatrice."

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"Il y a trois choses à savoir. La première, c’est que la douleur ressentie d’une brûlure n’indique pas sa gravité. Si elle est douloureuse, c’est que les terminaisons nerveuses sont encore là, donc que ce n’est pas très profond. La deuxième chose, c’est que quoi que je fasse, que ce soit une danse de la pluie ou allumer un cierge, la douleur va s’envoler dans l’heure. Ce n’est pas l’action du coupeur qui agit, c’est un mécanisme neuro-cérébral. Mais comme ça vient après l’action du coupeur, on y voit un lien causal. La troisième chose, c’est que les brûlures de degré léger ne laissent pas de trace. Donc qu’il n’y ait pas de trace après est prévisible. D’ailleurs, dans les cas plus profond, il reste une trace. Et là, j’entends souvent le patient dire 'heureusement qu’il m’a barré le feu, sinon la trace aurait été plus grande'. Ce qui est invérifiable, puisqu’il n’y a rien pour comparer", décrypte le spécialiste.

Un effet placebo ?

Au-delà de la mise en avant de cette pratique par France 2, la présence de coupeurs de feu au sein de l'hôpital a également suscité de vifs échanges.

"Il faut bien comprendre ceci : le personnel soignant est là pour soigner. Tout ce qui peut aider est vu d’un bon œil, car on sait que plus un patient est placé dans un contexte qui lui plaît, plus son cerveau va secréter un cocktail de substances qui vont, non le guérir, mais l’aider réellement à moins souffrir. On a appelé ça longtemps 'effet placebo', mais le terme est un peu désuet maintenant, on dit 'effets contextuels'. Alors mettons-nous à la place des soignants : si la venue d’un curé, d’un imam, ou d’un magnétiseur, ou d’un barreur de feu fait du 'bien' au soigné, vous en priveriez-vous ?" s'interroge Richard Monvoisin.

Au-delà du recours de certains hôpitaux à des coupeurs de feu, le spécialiste explique que c'est une inquiétude plus globale qui explique la réticence de certains soignants. "Si on fait rentrer dans l’hôpital des pratiques mobilisant des 'dons' sans preuve, alors on crée une brèche, car nous n’aurons plus d’argument pour refuser les autres pratiques sans preuves. Si quelqu’un vient en disant qu’égorger un poulet dans le service peut aider les patients, que pourra-t-on lui dire ? Au fond, s'interroge Richard Monvoisin, "le dilemme actuel est le suivant : faut-il utiliser tout ce qui maximise l’'effet placebo', même si c’est sans fondement, même si ça crée un rapport ésotérique ou religieux au monde ?"

La pandémie de Covid a mis en avant certaines pratiques douteuses, boostées par des influenceurs complotistes, de l'inefficace hydroxychloroquine à des traitements "miracles" au mieux inefficaces, en passant par l'éclosion de complotistes comme Jean-Jacques Crèvecoeur dont le nom apparaît 5 fois dans un rapport du Sénat sur les dérives sectaires dans le domaine de la santé.

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