Quatre-vingt-dix féminicides en 2020, au plus bas depuis quinze ans

Marie DHUMIERES, Caroline TAIX
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Le nombre de féminicides est au plus bas depuis que le gouvernement a commencé à les recenser il y a quinze ans: 90 femmes ont été tuées par leurs conjoints et ex-conjoints en 2020, a annoncé mardi le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti.

Ce sont des résultats "encore trop modestes mais porteurs d'espoir", a déclaré le ministre de la Justice dans une vidéo postée sur Facebook.

Stade ultime des violences subies par plus de 200.000 femmes par an, les féminicides avaient connu en 2019 une forte augmentation, avec 146 décès recensés (25 de plus qu'en 2018).

"Bien sûr que chaque homicide, que chaque violence est un échec avec les conséquences humaines dramatiques que l'on imagine, un échec pour notre société toute entière, c'est un échec pour le ministère de la Justice", a reconnu Eric Dupond-Moretti.

Mais la lutte contre les féminicides donnerait-elle de premiers résultats? Le ministre semble le penser.

La baisse des féminicides "tient sans doute au regard que la société toute entière porte sur ces violences conjugales et sur ces crimes odieux, elle tient aussi au travail des associations", a-t-il estimé.

"Elle tient encore aux moyens que le ministère de la Justice a mobilisé pour lutter contre ces violences", a poursuivi le garde des Sceaux, avant de citer le déploiement des bracelets anti-rapprochement (17, à la date du 18 janvier), les "1.260 téléphones grave danger d'ores et déjà distribués" et les ordonnances d'éloignement permettant l'éviction du domicile du conjoint violent.

Après une forte mobilisation des associations, un "Grenelle" pour lutter contre les violences conjugales avait abouti fin 2019 à une quarantaine de mesures, parmi lesquelles le déploiement de ces bracelets.

"Au travers des quarante-six mesures du Grenelle des violences conjugales, aujourd'hui à 100% engagées, le gouvernement est pleinement mobilisé et déterminé pour enrayer ce fléau", a assuré Elisabeth Moreno, la ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes.

- "90 de trop" -

Les associations restent, elles, "prudentes" face à ce bilan 2020, une année marquée par deux confinements nationaux en raison du Covid-19.

Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, rendus publics fin janvier, les violences intrafamiliales ont d'ailleurs augmenté (+9%) en 2020, pour la troisième année consécutive. Elles ont même connu un pic lors du premier confinement. L'Intérieur y a vu "un des effets possibles du Grenelle", qui aurait conduit à une hausse des plaintes.

Selon les éléments recueillis par l'AFP, les meurtres de femmes par leurs conjoints ou ex-conjoints n'ont eux ni augmenté ni particulièrement baissé pendant les confinements liés à la crise sanitaire du Covid-19. Il a été montré que c'est souvent lors de la séparation qu'une femme est le plus exposé au danger.

Jamais le sujet des féminicides n'avait pris une telle place dans le débat public, et en particulier dans les médias.

En 2019 et 2020, l'AFP a ainsi mobilisé ses journalistes à travers la France pour étudier en détail auprès des autorités (police, gendarmerie, parquets...) les cas de féminicides soupçonnés à partir du décompte associatif du collectif "Féminicides par compagnon ou ex".

Signe que ce fléau est devenu un sujet majeur dans la société, la Chancellerie a demandé pour la première fois l'an passé des "remontées systématiques d'informations" aux parquets généraux pour chaque homicide conjugal, afin d'avoir "un suivi plus précis" de ces meurtres et "évaluer l'impact des mesures du Grenelle".

Pour la cofondatrice de #Noustoutes Caroline De Haas, les féminicides "ne sont pas une fatalité: on peut les éviter". "Le gouvernement en compte 90? C'est 90 de trop".

Ces chiffres 2020 marqueront-ils un tournant et le début d'une baisse durable? "Il est très difficile de tirer des conclusions de 2020, une année de crise sanitaire, avec confinements et couvre-feu. On n'a pas de comparaison sur des années similaires. Ca peut remonter l'année prochaine", estime-t-elle.

Les associations demandent notamment que la mesure qui permet de réquisitionner les armes à feu d'un conjoint violent dès la première plainte soit réellement appliquée, les meurtres par arme à feu représentant près d'un tiers des féminicides.

Depuis le 1er janvier, il y a déjà eu selon #Noustoutes six féminicides, dont trois depuis le 27 janvier.

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