"Quasi rien n'a changé": 3 ans après, le "noyau dur" des gilets jaunes veut encore se faire entendre

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À l'occasion des 3 ans du mouvement des gilets jaunes, de nombreux rassemblements sont prévus en France. Certains poursuivent encore régulièrement leurs actions, mais reconnaissent que la mobilisation n'est plus celle des débuts.

"Il faut venir, que les gens bougent!" À l'occasion du troisième anniversaire des débuts du mouvement des gilets jaunes, Evelyne Liberal, militante de la première heure, lance un cri du cœur. Il y a trois ans, le 17 novembre 2018, cette femme de 52 ans organisait son premier rassemblement autour du rond-point de Petit-Fontaine, situé à une sortie d'autoroute à quelques kilomètres de Cambrai (Nord). 

À l'époque, plus de 4000 personnes ont occupé pendant des semaines entières ce rond-point, berceau de la mobilisation cambrésienne. "On se relayait, en fonction des obligations professionnelles des uns et des autres", se souvient Evelyne Liberal, interrogée par BFMTV.com. Un petit campement fait de palettes en bois avait même été installé à cet endroit, a avant d'être démonté par les forces de l'ordre.

Les ronds-points, "on y a tous laissé des plumes"

Evelyne Liberal se remémore les prémices "d'un mouvement social comme il n'en existait pas à l'époque": "Ça faisait plaisir de voir des gens qui, pour la première fois, osaient sortir de chez eux, parler d'argent, prendre la parole pour dire qu'ils ne s'en sortaient pas financièrement." 

"Aujourd'hui il y a moins de monde, c'est sûr", reconnaît cette mandataire immobilier. "Certains ont un peu baissé les bras... Énormemment de voitures nous klaxonnent encore en guise de soutien, mais sur place, on est moins nombreux". "Souvent les gens m'interpellent dans la rue pour me dire 'bah alors les gilets jaunes, on fait rien pour ça?'", raconte Evelyne Liberal. "Maintenant moi je leur répond:' bah on vous attend, venez avec nous!".

Ce samedi, aucun rassemblement n'est prévu au rond-point de Petit-Fontaine. "Cette année, je me suis organisée autrement", poursuit Evelyne Liberal, qui se rendra ce jour-là à un rassemblement prévu à Douai.

"Je comprends qu'à force, les gens en aient marre. Ça a été long et lourd pour tout le monde, on y a tous laissé des plumes. Surtout qu'ils ont l'impression que rien ou quasi rien n'a changé" depuis novembre 2018.

"C'est de pire en pire"

"Les choses ne se sont pas améliorées mais c'est bien pour ça qu'on a besoin de tout le monde! Pour beaucoup d'entre nous, c'est encore pire qu'avant, notamment à cause de la crise Covid, qui a bon dos. Les prix à la pompe ont explosé... Mon plein d'essence par exemple, il a augmenté de 10 euros en un an!" 

Un avis largement partagé par Patrice et son épouse Carole Grassart. "On se bat pour le pouvoir d'achat, parce que pour nous c'est de pire en pire. Tout est plus cher mais les salaires ne bougent pas", déclare Patrice Grassart à BFMTV.com. Vendredi dernier, le couple de quinquagénaires a fêté les 3 ans des gilets jaunes sur le rond-point de la Dentelle à Caudry (Nord), comme au premier jour. 

Malgré le froid, ils étaient une trentaine de gilets jaunes rassemblés ce jour-là pour partager un barbecue, comme à l'ancienne. Nos confrères de La Voix du Nord, présents sur place, décrivent les pancartes aux lettres rouges et noires installées sur le rond-point: "Tabac: +51%", "Hausse des prix à la consommation d'énergie: +127%" ou encore "Produits frais: +6,3%".  

"On a noué des liens privilégiés"

"Il n'y a pas tant de ronds-points en France qui ont tenu sur la longueur comme celui d'Uzès" dans le Gard, se targue de son côté Grégory Hadjopoulos, contacté par BFMTV.com.

Cela fait trois ans, quasiment sans interruption, que cet ancien conseiller socio-professionnel de 60 ans, au chômage depuis quelques mois, tient ce rond-point de la petite commune, située à une vingtaine de kilomètres au nord de Nîmes. 

Un petit rassemblement a ainsi lieu tous les samedis ou presque au rond-point des Charettes, situé à côté du centre commercial Carrefour. La majorité des participants sont des retraités qui se battent pour plus de pouvoir d'achat, déplorant leurs pensions modestes, détaille Grégory Hadjopoulos. "C'est une fierté" d'avoir à réunir ces gens pendant tout ce temps, poursuit cet habitant d'Uzès. 

"C'est devenu la famille", confie Grégory Hadjopoulos. "On est un noyau d'une douzaine de personnes très proches. Au début, on ne se connaissait pas ou à peine. Mais sur les ronds-points, on a noué des liens privilégiés, à chaque fois on est contents de se retrouver. Maintenant avec certains on se voit dans un cadre privé, on part en vacances ensemble".

Pour les trois ans de la mobilisation, un nouveau "petit moment partagé" est prévu au traditionnel carrefour de la ville ce mercredi matin. "Notre bonne humeur et notre détermination sont intactes", prévient Grégory Hadjopoulos sur le tract. Au programme, "boissons, repas tiré du sac, échanges, solidarité et fraternité", selon les mots de l'organisateur, qui n'attend qu'"un petit comité" pour l'occasion. Les plus motivés rejoindront dans le courant de l'après-midi un rassemblement plus grand prévu à Montpellier. 

"Il reste un noyau dur"

S'il regrette que "le mouvement se soit un peu épuisé" ces derniers mois, il estime que "c'était dans l'ordre des choses". "Malgré tout, ça a changé les choses", défend-il fermement. "Ça a permis de mobiliser des personnes qui ne s'étaient jusqu'alors jamais mobilisées, et le plus manifeste, c'est qu'encore aujourd'hui, trois ans après, il reste un noyau dur de personnes. Alors que dans certains grands partis politiques, ils peinent encore à rassembler et à intéresser les électeurs." 

"Depuis 2018, la situation a empiré", considère également Grégory Hadjopoulos. "Aujourd'hui, nos combats sont plus précis: on constate que beaucoup de personnes ne peuvent pas vivre décemment alors qu'elles travaillent. On s'attaque à l'inflation et au pouvoir d'achat, à la réforme des retraites et celle du chômage", développe-t-il, avant de lancer, las: "De toute façon, c'est devenu impossible de vivre décemment avec les politiques qui sont menées..."

De nombreuses manifestations étaient prévues ces derniers jours et notamment le week-end dernier pour les trois ans de la mobilisation, comme à Abbeville ou à Soissons. Dans certaines villes françaises, le rassemblement se tient à la date aniversaire ce mercredi: c'est le cas à Paris, Lille, Nice, ou encore Metz. Mais samedi, d'autres rassemblements sont également attendus un peu partout en France: comme à Brest, Bastia, Brive-la-Gaillarde, Chambéry, ou encore Limoges. 

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - A Montpellier, des "gilets jaunes" fêtent leur trois ans :

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