Qu’est ce que le blob, cet étrange organisme bientôt étudié dans l’espace?

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Dans le cadre de la mission Alpha, qui débutera le 22 avril prochain, l’astronaute Thomas Pesquet emportera avec lui à bord de la Station spatiale internationale des blobs, étranges organismes unicellulaires, ni plante, ni animal, ni champignon… Mais dotés d’intelligence et de capacités d’apprentissage.

Physarum Polycephalum de son nom scientifique, le blob est une espèce vivante à part : organisme unicellulaire sans bouche ni cerveau, il mange, se déplace d'un centimètre par heure et peut communiquer des informations à ses semblables en fusionnant avec eux. Jaune d'œuf, gluant et visible à l'œil nu, « le blob a une intelligence primitive alors qu’il n’a pas de système nerveux, indique Audrey Dussutour, directrice de recherche au Centre de recherches sur la cognition animale du CNRS et spécialiste des blobs. Il peut résoudre des problèmes complexes, sortir d’un labyrinthe, apprendre et transmettre ses connaissances à ses congénères. »

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Une expérience l’atteste : placé devant une barrière de sel, un aliment qui n’est pas dangereux pour lui, mais qu’il déteste, le blob va progressivement apprendre à surmonter son aversion et à l’ignorer. Il pourra donc dépasser le sel plus rapidement qu’un blob « naïf », qui n’y a pas été habitué. Mais si le blob expérimenté fusionne avec le blob « naïf », celui-ci saura également comment dépasser l’obstacle, sans l’avoir jamais fait : ils ont communiqué. « Ils se partagent l’information, observe Audrey Dussutour. Si un blob est empoisonné, ses congénères vont fuir dans la direction opposée, comme s’ils avaient été prévenus. »

Biologiquement immortel

Passionnée par ces organismes aux 720 types sexuels différents qu’elle élève dans son laboratoire à coup de flocons d’avoine, c’est elle qui les a surnommés « blobs », en hommage à l’extraterrestre éponyme d’un film de science-fiction américain.

Ce sont aussi les capacités de résistance hors du commun du blob qui fascinent. « Biologiquement parlant, poursuit Audrey Dussutour, un blob est immortel. Élevé dans de bonnes conditions, il semble pouvoir se régénérer éternellement. » En alternant des phases de veille et de « dormance », durant lesquelles il se dessèche et s’endort, le blob parvient en effet à régénérer son unique cellule, composée de milliards de noyaux.

Il faut simplement qu’il bénéficie de bonnes conditions de vie, à savoir un environnement humide et sombre, garni en nourriture. Le laboratoire toulousain d’Audrey Dussutour compte ainsi un blob américain en pleine forme âgé de 70 ans. Il peut également cicatriser en deux minutes et grandir de façon exponentielle, en doublant sa taille tous les jours. Le plus grand jamais observé faisait 10 m2.

Des blobs dans l’espace et dans les classes

Quelques unes de ces créatures fascinantes seront envoyées dans l'espace en juillet prochain, dans le cadre de la mission Alpha. Ces blobs-là sont « tout petits », précise Audrey Dussutour : ils mesurent pour le moment « moins d’un quart de centimètre carré ». Pendant une semaine, leur comportement sera observé par l'astronaute Thomas Pesquet et photographié plusieurs fois par jour.

« Comment vont réagir les blobs dans l’espace, en situation d'impesanteur ?, se demande Rémi Canton, chef de projet de la mission Alpha au Centre national d'études spatiales (Cnes). On verra comment ils se déplacent, comment ils se nourrissent… Peut-être que leur comportement va changer, qu’au lieu de grandir "à plat", ils vont gagner en volume, se développer en 3D ? »

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L’expérience permettra de comparer les comportements des blobs, placés dans des situations différentes : deux d’entre eux seront installés dans des boîtes garnies de nourriture, tandis que les deux autres en seront privés. « On va pouvoir regarder leurs stratégies de déplacement et les comparer avec celles qu’ils ont sur Terre », s’enthousiasme Rémi Canton.

Le but de l’expérience est pédagogique : le Cnes et le CNRS proposent 2 000 kits d’élevage de blobs à des classes de primaire, de collège et de lycée, afin que les élèves puissent mener l’expérience en parallèle et comparer leurs résultats avec ceux obtenus par l’astronaute Thomas Pesquet depuis la Station spatiale internationale. « L’idée de l’expérience est d’intéresser les jeunes aux sciences et aux carrières scientifiques, explique Rémi Canton. Les blobs sont simples à élever, et si nous parvenons à faire naître des vocations, c’est gagné ! » Les classes peuvent candidater jusqu'au 21 mai, en remplissant le formulaire Blob-Terre.