Ce qu'une Chinoise pense du français

Justine Huiwen Zhang
Justine Huiwen Zhang

J’ai appris le français tardivement, à l’âge de 18 ans, bien après le mandarin*, à 3 ans , et l’anglais, à 8 ans. Adolescente, je lisais très peu. C’est seulement quand j’ai maîtrisé le français que je me suis intéressée à la lecture, à la littérature française surtout. J’ai commencé à lire quasi exclusivement en français il y a environ 6-7 ans, ce qui est bien court. Au fond, je sais peu de choses sur la langue et la littérature françaises.

Alors pourquoi me lancer dans une entreprise aussi périlleuse, qui consiste à défendre le français, alors que je ne l’ai connu que depuis très peu, et que je ne suis même pas de nationalité française?

Tout simplement parce que je travaille en France. La population française est hétérogène: les gens avec qui nous vivons ensemble ont des parcours très différents.

La langue française est, à mon sens, ce qu’il y a de plus fédérateur

Je précise que je voudrais éviter le terme “s’intégrer” car en l’utilisant on a tendance à imputer, de manière assez injuste, toute la responsabilité à l’individu. Autrement dit, c’est ta propre faute si tu “ne t’intègres pas”. On reproche à certains groupes ethniques de “rester entre eux”. L’expérience me dit que la réalité est plus complexe. A l’ESSEC, on serait étonné par l’effort avec lequel les étudiants internationaux améliorent leur français. Quelques-uns d’entre eux, intéressés par la littérature française, demandent même des cours particuliers auprès d’anciens khâgnes. Il va de soi que si l’on vient étudier en France, c’est parce que l’on respecte, admire la culture française; et que si après le diplôme on reste en France, c’est parce que l’on a une réelle envie de s’intégrer à la société française, ne serait-ce que pour des raisons pratiques, c’est-à-dire pour être plus performant au travail. En un mot, je crois que la motivation individuelle ne manque pas. Ce qui manque peut-être, c’est les ressources. Les écoles de commerce ont tendance à mettre en avant la transmission des compétences...

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