Le Puy du Fou n’est « pas un parc historique mais un discours politique » pour ces historiens

SPECTACLES - Sur ses affiches publicitaires, il promet que « l’Histoire vous attend. » Mais selon des historiens, c’est plutôt une version déformée de cette histoire qui attend les nombreux visiteurs du Puy du Fou. Le parc d’attractions vendéen est le plus fréquenté de France, derrière Disneyland Paris, avec 2,3 millions de visiteurs en 2022. Il est l’objet du documentaire Le Puy du Fou raconté par Philippe de Villiers, diffusé ce samedi 12 novembre sur C8. On y retrace son histoire, de sa création en 1977 à son succès mondial.

Il y en a pourtant que ce succès dérange. Pour leur livre Le Puy du Faux, sorti en avril 2022 aux éditions Les Arènes, quatre historiens ont mené l’enquête. Comme ils l’expliquent dans la vidéo en tête d’article, ils ont découvert un parc faussement historique, et très politique.

Florian Besson, médiéviste, Pauline Ducret, spécialiste de la Rome antique, Guillaume Lancereau, spécialisé dans la Révolution française, et Mathilde Larrère, spécialiste du dix-neuvième siècle, dénoncent une déformation de l’histoire et un parc du Puy du Fou chargé de promouvoir l’idéologie de Philippe de Villiers.

La thèse du « génocide vendéen »

L’existence d’un « génocide vendéen » est par exemple évoquée dans le spectacle Le Dernier Panache sur Charette, figure historique régionale. S’il y a bien eu des massacres violents dans la région en 1793 pendant la Révolution française, ils n’étaient pas spécifiques à la Vendée, précise Guillaume Lancereau. Et la population vendéenne ne constituait pas un groupe identitaire marqué, nécessaire à l’emploi du terme « génocide ».

Même si de nombreux historiens l’ont déjà contestée dans des travaux détaillés, cette thèse revient régulièrement dans le débat politique, poussée par l’extrême droite. Dans le documentaire diffusé ce samedi sur C8, Philippe de Villiers va même plus loin. Il affirme que des femmes ont été « enfournées » aux Épesses en Vendée, là où le parc est construit, et qu’on les a « fait rôtir. »

Pour les historiens, le fondateur fait ici appel à l’imaginaire des téléspectateurs ou visiteurs du parc, qui ne pourront s’empêcher de faire un lien entre la guerre de Vendée, et le génocide des juifs pendant la Seconde guerre mondiale.

La religion catholique omniprésente dans le parc

Autre détail notable pour les auteurs du livre, dans les spectacles qui couvrent de longues périodes de l’Histoire, une seule religion est représentée : le christianisme, et plus spécifiquement le catholicisme.

« Aucune autre identité religieuse n’est représentée mais en plus il y a une forme d’histoire du christianisme qui serait la racine de la France depuis la Gaule, jusqu’à ce que la Révolution ne limite la place de l’Église française », détaille Pauline Ducret.

Ces représentations participent à diffuser implicitement l’idéologie politique de Philippe de Villiers, donc de l’extrême droite, aux visiteurs du parc, selon les auteurs. « Il y a toujours cette image de l’étranger comme hirsute, effrayant, avec un jeu de couleurs », note Guillaume Lancereau.

Quand Villiers préférait son parc à une campagne présidentielle

Même s’ils reconnaissent de bon cœur avoir été divertis lors de leur visite du parc, les auteurs du Puy du Faux reprochent un manque de transparence quant aux intentions de son créateur. « Il n’y a aucun problème à faire un spectacle de divertissement historique sans consulter d’historiens, précise Pauline Ducret. Le problème c’est qu’ici, le but c’est de construire un discours politique. »

L’historienne rappelle que l’ancien secrétaire d’État à la Culture (1986-1987) avait dit que s’il ne se présentait pas à l’élection présidentielle, c’est « parce qu’il pouvait faire passer beaucoup plus d’idées dans son parc que dans une campagne. » En 2022, Philippe de Villiers avait publiquement soutenu Éric Zemmour.

Pauline Ducret l’affirme : « Nous, ce qui nous dérange, c’est que la communication qui est maintenant celle du parc est ’Nous ne faisons pas d’histoire, nous faisons du divertissement.’ Et nous, on répond ’non, vous faites de la politique’. » Le message n’est évidemment pas le même dans le documentaire de C8.

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