Pureté solitaire

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Chercher une réponse radicale à l’injustice radicale du monde : c’est un réflexe permanent - et pour ainsi dire naturel - dans tous les mouvements progressistes, au moins depuis la Révolution française. De Babeuf à Blanqui, de Jules Vallès à Marceau Pivert, et si l’on en exclut les staliniens, ceux qui l’ont exigé étaient toujours respectables. Ainsi, dans cette campagne rabaissée par les affaires, la voix de Jean-Luc Mélenchon, qui vient des profondeurs du mouvement socialiste, joue un rôle utile. Elle donne un écho talentueux à «l’impossible rêve» du Quichotte, qui est une constante de l’histoire humaine. Aussi bien, la gauche radicale sert souvent de laboratoire d’idées à la gauche réformiste, comme le montre le programme de Benoît Hamon, qui veut traduire en mesures réalisables les aspirations nées du courant altermondialiste. Mais, toujours, elle se heurte au même obstacle. Comment rendre majoritaires des positions radicales, sachant que la majorité des électeurs de gauche le sont beaucoup moins ? Comment être sûr que ces solutions sont les seules possibles si l’on se comporte toujours comme si on avait le monopole de la vérité ? C’est la question des alliances, à laquelle Jean-Luc Mélenchon, sollicité cette fois par Arnaud Montebourg, vient d’opposer une nouvelle et hautaine fin de non-recevoir. En démocratie, l’imperfection est à la base de la politique. Le candidat de La France insoumise préfère de toute évidence la pureté solitaire au compromis collectif. Pourtant, il y a cette fois dans le programme du PS hamonisé une bonne partie des ambitions mélenchonistes. Et si l’on additionne les deux forces électorales, le total des gauches porte en lui la qualification pour le second tour. Mélenchon n’aime pas ce genre d’arithmétique. Il lui préfère la poétique de la rupture. La leçon de l’Histoire est pourtant là : le possible et le souhaitable ne sont pas confondus.



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