Une "proto-écriture" dans l'art des grottes : la pseudo-découverte qui ravit les médias et hérisse les préhistoriens

Jean Daniel Sudres/Aurimages via AFP

Dans un article publié dans la revue Cambridge Archaeological Journal, un collectif d'auteurs prétend avoir enfin percé le mystère des signes géométriques dessinés en abondance sur les parois des grottes au Paléolithique. Leur théorie fantasque, qui s'appuie sur des travaux contestés et une méthodologie contestable, a malheureusement été reprise sans nuance par de nombreux médias.

Difficile de ne pas hausser les sourcils dès les premières lignes d’un article paru le 5 janvier dernier dans la revue spécialisée Cambridge Archaeological Journal, présenté par ses auteurs comme "une première lecture spécifique de la communication européenne du Paléolithique supérieur, la première écriture connue dans l'histoire de l'Homo sapiens." La formule est osée lorsque l’on sait que la première forme d’écriture communément admise dans l’histoire de l’humanité – le cunéiforme - apparaît en Mésopotamie près de 5000 ans après la fin du Paléolithique. Elle semble pourtant ne pas avoir fait tiquer les plus grands médias anglo-saxons (et quelques médias français), qui se sont empressés de relayer dans des articles enthousiastes la "fabuleuse" découverte exposée dans la publication.

Emballement

"Un archéologue amateur découvre un système ‘d’écriture’ datant de l’Âge de glace", a titré le Guardian. "Un archéologue amateur aide à 'craquer' le code de l'art rupestre", a écrit la très sérieuse BBC. Le coup de grâce a été donné par le vénérable hebdomadaire scientifique américain The New Scientist : "Les mystérieux symboles des peintures rupestres pourraient être la plus ancienne forme d'écriture", peut-on lire en gras, comme si l'emploi du conditionnel pouvait suffire à atténuer l'effet d'annonce auprès d'un lectorat pas toujours sensible à l'art de la nuance. Il faut en tout cas croire que le storytelling a ici supplanté tout principe de vérification, à commencer par celle du profil des auteurs : parmi eux ne figure en effet qu’un seul archéologue, l’enseignant à l’Université de Durham Paul Pettitt, qui est également le seul à avoir publié dans des revues scientifiques à comité de lecture (autrement dit, dans lesquelles des pairs sont désignés pour relire et valider, ou non, les travaux). L'un est professeur d'histoire à la retraite, un autre encore "coach de vie". Bennett Bacon, propulsé en premier auteur, est, lui, restaurateur de meubles. "Passionné d’archéologie[...]

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