Protestations en Iran: Rohani critique l'inaction des responsables

Le président Hassan Rohani prononce un discours à Téhéran, à l'occasion de la Journée de l'armée en Iran, le 18 avril 2018

Téhéran (AFP) - Le président iranien Hassan Rohani a déploré samedi le "silence" des membres de son gouvernement face aux revendications sociales de manifestants, l'attribuant entre autres à des "menaces" reçues par ces responsables.

Les réseaux sociaux ont regorgé ces dernières semaines de vidéos et d'informations sur des manifestations dans plusieurs villes d'Iran. Mais les médias locaux les ont peu couvertes et les lieux en question étant interdits à la presse étrangère, il est difficile d'en estimer l'ampleur.

Parmi ces protestations, des agriculteurs manifestant contre des pénuries d'eau à Ispahan (centre), des habitants se plaignant de discriminations dans le Khouzestan (sud-ouest) ou encore des habitants s'élevant contre des réformes administratives à Kazeroun (sud-ouest).

Des slogans entendus dans certaines vidéos visent directement le pouvoir: "Notre ennemi est juste ici, et à tort ils disent que c'est l'Amérique notre ennemi".

"Alors que les gens ne voient pas de projet pour l'avenir, ils peuvent être énervés, descendre dans la rue et crier", a déclaré M. Rohani, un modéré, dans un discours devant de hauts responsables diffusé par la télévision publique.

Mais "nous parlons peu aux gens. Les responsables du gouvernement ont fait le choix du silence. Je ne sais pas qui leur a dit (de faire ça). Je ne sais pas de quoi ils ont peur", a-t-il ajouté.

M. Rohani a néanmoins tenu à souligner que ces responsables avaient été intimidés par des "organismes de surveillance".

Il n'a pas nommé ces "organismes" mais il avait auparavant reproché aux Gardiens de la révolution, l'armée idéologique d'Iran, et à la justice contrôlée par les conservateurs, leur implication de plus en plus importante dans les affaires politiques et économiques.

"Le matin, lorsqu'(un responsable) va travailler, quelqu'un lui envoie un SMS, un autre lui téléphone, un autre le menace. Le pays ne peut pas être géré ainsi", a-t-il dit en évoquant ces "menaces".

En mars, le maire réformateur de Téhéran, Mohammad Ali Najafi, a démissionné après des pressions des conservateurs.

"Ne tenez pas compte des lettres, des menaces. Si vous avez peur de répondre, dites le moi", a lancé M. Rohani.

Président depuis 2013, Hassan Rohani est très critiqué par les conservateurs qui contrôlent de nombreuses institutions clés du pouvoir. Ils lui reprochent ses tentatives de rapprochement avec l'Occident et sa volonté d'accorder davantage de libertés civiles.

Autour du Nouvel an, des dizaines de villes iraniennes ont été agitées par des troubles ayant fait au moins 25 morts en marge de manifestations non autorisées contre la situation économique et sociale et contre le pouvoir.

Les effets de la suspension d'une partie des sanctions internationales contre l'Iran, résultat de l'accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015, tardent à se faire sentir après des années d'isolement.

Le chômage reste très élevé, 11,9%, selon les chiffres officiels. En mars, la dépréciation du rial, qui a perdu environ un quart de sa valeur face au dollar en six mois, a alimenté l'inflation.