Protéger les citoyens et garantir leur liberté, un équilibre à trouver

"La protection suppose une division sociale entre l'État et les citoyens, c'est une dérive de la démocratie"

Entretien avec Monique Chemillier-Gendreau, professeure émérite de droit public et de science politique à l'université Paris Diderot.

Quelle est selon vous la définition politique de la protection?
C'est une notion juridique et non politique. En droit, les mineurs, les personnes âgées ou vulnérables bénéficient de systèmes comme la curatelle ou la tutelle. Pour les citoyens à part entière, la protection suppose une division sociale entre l'État et les citoyens, c'est une dérive de la démocratie. Comme si l'État était différent de nous et comme si nous étions à la merci de sa protection.  C'est à ce titre que l'on a pu parler d'infantilisation des citoyens pendant la crise du Covid. L'État a décidé du danger et des mesures à prendre sous prétexte de protéger les citoyens sans qu'ils aient leur mot à dire.

L'autorité est-elle inhérente à la protection?
Fallait-il imposer la protection par acte d'autorité, ou la négocier avec l'ensemble des citoyens, c'est‑à-dire avec leurs représentants? Il nous faudra encore un peu de recul avant d'évaluer la gestion politique de cette crise sanitaire. Les citoyens très jaloux de leur liberté, et j'en suis, sont encore partagés sur la question! Sans doute face à ce virus menaçant l'État devait-il prendre des mesures rapides, mais ne pouvait-on pas associer davantage le Parlement?

La protection est-elle compatible avec la liberté?
Elle ne...


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