Prost ne croit pas que la Racing Point ait été conçue "sans aide"

Emmanuel Touzot
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La Racing Point RP20 est au centre de critiques depuis les essais de février pour sa forte ressemblance avec la Mercedes W10 de 2019, et elle fait l'objet de plusieurs réclamations de la part de Renault, avec une audience prévue ce mercredi. L'équipe française juge que les écopes de freins de la RP20 sont illégales car achetées à Mercedes et utilisées cette année, tandis que la structure de Lawrence Stroll se défend en assurant qu'il s'agit d'une simple inspiration grâce à l'achat de ces pièces, mais Alain Prost ne pense pas qu'il ait été possible pour Racing Point de se rapprocher aussi près de la W10 sans aide de Mercedes.

Les voitures de Lewis Hamilton, Mercedes F1 W11, et Lance Stroll, Racing Point RP20, dans le Parc Fermé

Les voitures de Lewis Hamilton, Mercedes F1 W11, et Lance Stroll, Racing Point RP20, dans le Parc Fermé<span class="copyright">Steven Tee / Motorsport Images</span>
Les voitures de Lewis Hamilton, Mercedes F1 W11, et Lance Stroll, Racing Point RP20, dans le Parc FerméSteven Tee / Motorsport Images

Steven Tee / Motorsport Images

Selon lui, un tel problème pourrait ouvrir la boîte de Pandore à l'avenir et pousser à des situations similaires avec d'autres constructeurs et d'autres équipes : "La FIA doit prendre une décision : est-ce que copier avec une aide extérieure est légal ou non ? Si c'est légal, alors nous ouvrons la porte à une situation dangereuse. Normalement, trois équipes dominent la Formule 1 : Mercedes, Red Bull et Ferrari. Ils ont de plus gros budgets et de meilleures infrastructures en raison de leurs investissements passés. C'est dur de les rattraper. Si nous autorisons une collaboration comme celle entre Mercedes et Racing Point, ou Red Bull et AlphaTauri, cela crée un précédent."

"Williams pourrait opter pour le même modèle avec Mercedes, Haas et Alfa Romeo avec Ferrari. On se retrouverait seul à concevoir. Nous ne pouvons pas copier ce modèle, même si nous le voulions. Pour copier une Mercedes, il faudrait un moteur et une boîte de vitesses Mercedes. Ce n'est pas possible pour Renault", prévient Prost, qui assure toutefois qu'il ne s'agit pas d'un prétexte pour le constructeur au Losange. "Nous ne cherchons pas d'excuses pour nos performances. Il est vrai que nous sommes un peu en retard sur notre programme et que notre voiture devrait être plus rapide. Mais nous dépensons plus de 100 millions d'euros sur le développement moteur et nous avons 1200 employés. Car nous sommes un constructeur, donc nous faisons tout nous-mêmes."

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Selon le quadruple Champion du monde, cet accès à un concept proche des voitures clientes serait injuste pour les constructeurs, et notamment pour Renault qui ne dispose pas, à l'heure actuelle, d'une équipe pouvant jouer le même rôle que Racing Point pour Mercedes, AlphaTauri pour Red Bull ou Haas pour Ferrari. Selon lui, ce concept devrait automatiquement amener moins de revenus aux teams empruntant la monoplace d'une autre structure.

"À l'avenir, si Renault termine derrière Mercedes, Red Bull et toutes les voitures satellites, ils perdront de l'argent. En même temps, en temps que constructeur, nous dépensons plus d'argent. Ce n'est pas juste. Si la FIA veut faire ça, ils doivent faire une distinction claire entre les équipes constructeurs et clientes. Mais les équipes clientes ne peuvent alors pas être traitées de la même manière quand il est question des revenus."

Il se base sur son expérience de propriétaire et directeur de Prost Grand Prix pour juger les progrès effectués dans l'aide apportées aux petites équipes, et il souligne que les Accords Concorde demandent aux teams un statut de constructeur pour bénéficier de revenus commerciaux : "Lorsque j'ai acheté Ligier dans les années 90, nous étions 65. C'était possible car Ligier était alors soutenu par Benetton. Quand j'ai signé mon premier Accord Concorde en 1997, j'ai été forcé de devenir un constructeur. C'est encore écrit dans le contrat aujourd'hui. Si l'on ne remplit pas cette condition, on ne peut recevoir aucun revenu commercial."

"À l'époque, j'ai dû déménager mon équipe de Magny-Cours vers une nouvelle usine à Paris et passer à 250 personnes. Nous avons dû payer le moteur, d'abord Peugeot puis Ferrari. Le dernier contrat avec Ferrari m'aurait coûté 32 millions de dollars si j'avais voulu continuer. Mais je n'aurais reçu que dix millions de droits commerciaux au maximum. Aujourd'hui, une équipe gagne environ 60 millions et les moteurs ne coûtent qu'entre 12 et 14 millions. Beaucoup de choses ont donc déjà été faites pour soutenir les petites équipes."

Avec Basile Davoine