Le prophète de Marseille et du polar, Jean-Claude Izzo, est mort il y a vingt ans

Catherine Laurent
La biographie de Jean-Claude Izzo par Stefania Nardini

LIVRES - Jean-Claude Izzo avait l’art des phrases définitives sur Marseille et sur la vie, de celles qui sidèrent et s’impriment sur le papier comme dans la mémoire. La plus célèbre est sans doute au début de son premier roman noir, “Total Khéops”:

“Marseille n’est pas une ville pour touristes. Il n’y a rien à voir. Sa beauté ne se photographie pas. Elle se partage. Ici, il faut prendre parti. Se passionner. Être pour, être contre. Être, violemment. Alors seulement ce qui est à voir se donne à voir. Et là, trop tard, on est en plein drame. Un drame antique où le héros c’est la mort. À Marseille, même pour perdre il faut savoir se battre.”

On ne pourrait rêver meilleure épitaphe, mais Marseille ne meurt jamais.

Pas comme son personnage mythique, le flic Fabio Montale, interprété à la télévision par Alain Delon et au cinéma par Richard Bohringer, qu’Izzo va tuer à la fin de la trilogie, histoire d’en finir avec les relances de Gallimard qui lui demande sans cesse une suite puisqu’il pulvérise les records de vente de la “Série noire”. Montale, c’est un type en perdition qui a mal au monde et à ses 45 ans et a remplacé l’eau par le vin et le Lagavulin, un philtre qui semble le rendre extra-lucide. Sa vie, c’est le sang, la sueur et les larmes de Churchill sans même la guerre. Dans les bas-fonds phocéens, tout est exacerbé, surtout le sordide de l’âme humaine. À force de s’y cogner, sa vision du monde pétarade en un feu d’artifice de fulgurances désenchantées à la profondeur enivrante, et rares sont les personnages qui mettent autant leurs états d’âme et leurs tripes sur la table. Seules le maintiennent à flot les femmes, la cuisine et la pêche.

 

À Marseille, même pour perdre il faut savoir se battre.”

 

Jean-Claude Izzo avait une vénération pour le roman policier. Depuis longtemps, “le rêve de gosse d’être un jour publié dans la Série Noire” raconte Nadia Dhoukar dans sa préface à Total Khéops. Elle ajoute: “Sans doute parce qu’il s’agit d’un des rares genres...

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