Des projets violents ou du "blabla" ? Au tribunal, la dangerosité des Barjols en question

Une organisation hiérarchisée, déterminée à renverser les institutions, ou du "blabla" autour de réunions arrosées: deux visions du collectif des Barjols se sont opposées mercredi à Paris au procès de 13 de ses membres, soupçonnés d'avoir préparé une attaque contre Emmanuel Macron.

La première de ces visions ressort des éléments réunis par les quatre années d'enquête qui ont conduit ces 11 hommes et 2 femmes devant le tribunal correctionnel pour association de malfaiteurs terroriste.

A l'audience, le président en fait l'énumération à la faveur de l'interrogatoire de Mickaël Iber.

Seul prévenu écroué, cet ancien SDF de 43 ans fait partie du "groupe des quatre" arrêtés lors d'un premier coup de filet, le 6 novembre 2018 en Moselle, alors qu'ils étaient, selon l'accusation, sur le point de passer à l'action contre le chef de l'Etat.

Sur un écran est d'abord projeté un organigramme des Barjols, saisi lors de l'enquête: y figurent le président, Denis Collinet, un "trésorier", des "instructeurs" et même un responsable de la communication auquel est adjoint un "stagiaire".

Chaque membre devait avoir rempli un "formulaire d'adhésion" sur lequel les "patriotes" précisaient nom et adresse ainsi que leur "race", leurs "compétences survivalistes" et leur "niveau d'implication", sur une échelle de 1 à 10.

Mickaël Iber est allé bien au-delà, évaluant sa motivation à 20 et précisant son objectif: "retourner ce gouvernement de corrompus et redonner la France au peuple".

Le président du tribunal restitue également des messages où est évoquée la volonté d'attaquer des mosquées ou de s'en prendre à des migrants.

Derrière son box, M. Iber minimise.

"C'était beaucoup de blabla et des fêtards", avance-t-il, ramenant les réunions des Barjols à des "barbecues" où des gens "à moitié bourrés" "parlent de tout et de rien". Lui-même n'y serait allé que parce qu'il y avait "moyen de manger un peu de viande".

A cette époque, dans des SMS ou sur Telegram, M. Iber menaçait toutefois de "tuer" des migrants comme "Bobby and Clyde (sic)" et assurait être en recherche de "jouets", des armes reconnaît-il à l'audience.

"C'est des conneries, je voulais faire l'intéressant", affirme-t-il. Son avocate en veut pour preuve que M. Iber s'était vanté de pouvoir couper l'électricité sur l'ensemble de la France.

- "Choper la pute" -

Sur la virulence des messages, M. Iber déplore qu'on n'aurait plus "le droit de rien dire". "Quand on n'est pas dans la pensée unique du gouvernement, on est soit complotistes soit d'ultradroite", s'énerve-t-il.

Un autre de ses messages ramène les débats vers le cœur du dossier.

"T'es chaud pour choper la pute?", écrit-il le 19 septembre sur Telegram, en référence au président Macron qui va se déplacer début novembre dans l'Est pour le centenaire de l'armistice de la Grande guerre.

Dans le box, M. Iber l'assure: il voulait seulement manifester et n'a jamais "voulu tuer le président".

D'autres membres des Barjols y ont-ils songé ? Le président du tribunal évoque une réunion du "groupe des quatre" le 5 novembre en Moselle, pendant laquelle aurait été préparé un projet "d'action violente". Le lendemain, tous seront interpellés.

Pressé de questions, M. Iber concède que l'un des participants, Jean-Paul Bouyer, ex-dirigeant des Barjols, a "sûrement parlé" d'une attaque contre le chef de l'Etat. "Certainement il y a eu un propos comme celui-là, mais c'était sous le coup de la colère".

Sur la raison d'être de ces retrouvailles, M. Iber livre des explications brumeuses. Il assure d'abord que M. Bouyer, qui vivait alors en Isère, était venu en Moselle pour aller acheter des cigarettes et de l'essence au Luxembourg.

"Il vient d'Isère pour aller chercher de l'essence?", s'étonne le président.

Le prévenu reconnaît alors que M. Bouyer venait en réalité chercher les armes qu'il avait promis de se procurer. "Il pensait qu’on aurait des armes, mais moi j'avais menti", assure M. Iber.

Ces armes, jure-t-il, n'étaient pas destinées à mener une attaque mais devaient permettre à M. Bouyer de protéger sa famille "contre les migrants".

jt/pa/sp