Sur le projet de loi immigration, les sénateurs macronistes se défendent d’avoir voté un texte de droite

Francois Patriat, sénateur RDPI, le 14 novembre 2023 après le vote au Sénat d’une version durcie du projet de loi immigration
GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP via Getty Images Francois Patriat, sénateur RDPI, le 14 novembre 2023 après le vote au Sénat d’une version durcie du projet de loi immigration

POLITIQUE - Le « ni gauche-ni droite » présidentiel a du plomb dans l’aile. L’adoption, mardi 14 novembre au Sénat du projet de loi immigration vaut aux sénateurs macronistes un véritable procès en « trahison ». En cause : le vote « quasi unanime » des élus proche d’Emmanuel Macron en faveur d’un texte considérablement réécrit par la droite, fière d’avoir imprimé sa marque.

Parmi les 210 voix qui ont permis l’adoption du texte, 18 (sur 22, 2 contre, 2 abstentions) appartiennent au groupe RDPI (Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants), équivalent de Renaissance au Palais du Luxembourg. 17 élus du groupe Les Indépendants-République et Territoires (Horizons, Parti Radical, Renaissance) ont fait de même, avec une seule abstention.

Si elle a toujours globalement dénoncé le texte du gouvernement, l’opposition de gauche s’émeut particulièrement de certaines dispositions modifiées par les sénateurs : la suppression de l’Aide médicale d’État et sa transformation en Aide médicale d’urgence, la suppression de l’article sur la régularisation des travailleurs sans papiers et le durcissement des critères d’attribution des allocations familiales.

« Un texte intégrant toutes les obsessions xénophobes du RN »

Ainsi, alors que le gouvernement a répété sa volonté d’un texte « équilibré » entre intégration et fermeté, le vote des sénateurs macronistes est vécu comme une « trahison » par les opposants au texte.

« En avril 2022, Emmanuel Macron nous demandait de faire un choix de civilisation entre lui et le RN. En novembre 2023, les soutiens du Président votent en faveur d’un texte intégrant toutes les obsessions xénophobes du RN » cingle la présidente des députés verts Cyrielle Chatelain sur X, quand le socialiste Jérôme Guedj se dit « abasourdi ».

« Les Macronistes nous font croire qu’ils vont revenir sur le texte durci au Sénat par la droite... Mais ils viennent de voter pour ce texte immonde à la quasi-unanimité ! », s’indigne aussi sur X (ex-Twitter) la sénatrice socialiste de Seine-Saint-Denis Corinne Narassiguin. « De droite et en même temps de gauche, disaient-ils. En fait, de droite et d’extrême droite », appuie le communiste Ian Brossat.

Rendez-vous à l’Assemblée, disent les Macronistes

Auprès du HuffPost, le patron des sénateurs RDPI François Patriat dément tout soutien aveugle à la droite. « Ce vote n’est pas un quitus donné à la majorité du Sénat », assure-t-il évoquant un « désaccord total » sur certains points dont la fin de l’automaticité du droit du sol rajouté par la droite ou l’article 4bis qui remplace celui du gouvernement sur la régularisation des travailleurs sans papier. De même, il juge « indigne » d’accuser son groupe de soutenir la suppression de l’AME. « Nous sommes contre, je l’ai dit », martèle-t-il.

Ces points de désaccord n’ont cependant pas empêché ces élus de voter le texte. « Hier, on a voté pour le texte, pas pour un article » car « nous sommes favorables à un texte sur l’immigration », justifie François Patriat. Il assure que « ce qui comptera au bout c’est le texte définitif ».

« Illusion », répond la gauche

La balle est donc dans le camp de l’Assemblée nationale où le projet de loi arrive le 11 décembre. « Je fais confiance à l’Assemblée pour réintroduire l’AME et rétablir l’article 3 », poursuit le Sénateur de la Côte-d’Or.

À l’Assemblée justement, le député Renaissance de la Vienne et président de la Commission des Lois Sacha Houlié entend bien mener ce combat. « À l’Assemblée, nous rétablirons le texte ambitieux de l’exécutif, tout le texte de l’exécutif. Y compris le volet sur les régularisations », promettait-il dans Le Figaro le 8 novembre, avant même le vote du Sénat. Mais au vu des divergences d’opinions de son propre camp sur le sujet, la partie sera peut-être moins aisée que prévu. « Croire que l’Assemblée Nationale rééquilibrera’ce texte tient de l’illusion » estime d’ores et déjà le sénateur écologiste du Rhône Thomas Dossus.

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