Le prof en liberté #33 – Le paradoxe du dégustateur

Par Fabrizio Bucella*
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C'est quand on a raison qu'il est difficile de prouver qu'on n'a pas tort pour filer avec Pierre Dac, et je dirais même plus, c'est quand on a tort qu'il est difficile de prouver qu'on n'a pas raison. La raison est souvent celle du plus fort et parfois celle du plus sachant. Tout le monde sait que celui qui sait a raison, la preuve, vous le savez et inversement.

Il arrive que savoir nous fasse foncer tête baissée vers un piège, parfois, on tombe dans le panneau. C'est arrivé lors d'une expérience célèbre réalisée à la faculté d'?nologie de Bordeaux, depuis devenue l'Institut des sciences de la vigne et du vin (ISVV). Les chercheurs ont soumis 54 étudiants en ?nologie à un test consistant à leur faire déguster un vin blanc, puis un vin rouge, qui était en fait le même vin blanc coloré en rouge (avec un colorant neutre olfactivement et gustativement, cela va sans dire et en l'écrivant).

Les étudiants ont employé les descripteurs olfactifs habituels du vin rouge pour le vin blanc coloré de rouge et ceux associés au vin blanc pour le vin blanc. Ergo, les étudiants qui dégustaient un vin blanc coloré de rouge pensaient déguster un vin rouge. Il s'agit d'une illustration du fameux biais de confirmation d'hypothèse, ou biais de l'attente : je m'attends à déguster un vin rouge, je le perçois comme un vin rouge.

Piège

Y a-t-il un souci consubstantiel à l'évaluation du vin ? Pourquoi sommes-nous si facilement sujets à nous faire piéger ? En vérité, l'évaluation du vin s [...] Lire la suite