Le prof en liberté #32 – Juge affamé n’a point d’oreilles

Par Fabrizio Bucella*
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Caricature de Honoré Daumier, dans « Les Gens de justice ».
Caricature de Honoré Daumier, dans « Les Gens de justice ».

La Fontaine raconte un rossignol tombé dans les griffes d'un milan. Il plaide sa cause, le piaf. Il essaie de convaincre le rapace de lui laisser la vie sauve : « Je m'en vais vous en dire une chanson si belle qu'elle vous ravira : mon chant plaît à chacun. » Le milan le remballe en deux coups de cuillère à pot et la tirade devenue culte : « Ventre affamé n'a point d'oreilles ». On suppose qu'il massacre le rossignol chantant, mais, techniquement, la fable s'arrête ici (juste après la phrase culte).

Cette querelle de ventre affamé nous en rappelle une autre. En 2011, des chercheurs se sont amusés à comparer les décisions rendues par des juges à divers moments de la journée.

L'étude portait sur la libération conditionnelle de détenus dans les prisons israéliennes. Elle a enregistré deux pauses alimentaires quotidiennes pour un ensemble de juges expérimentés, soit trois sessions de délibérations journalières. Les chercheurs ont constaté que « le pourcentage de décisions favorables chute progressivement de 65 % à presque zéro au cours de chaque session de décision et revient brusquement à 65 % après une pause alimentaire ». Tel le milan de la fable, le juge est plus clément le ventre plein que le ventre vide.

Il y a un os

On revendique immédiatement plus d'objectivité dans les décisions de justice. Le salut proviendrait, selon certains, des algorithmes et de l'intelligence artificielle. L'astuce dans ce cas précis est qu'il y a un os, et celui-ci fut levé par Jea [...] Lire la suite