Le procureur de l'affaire Daval se confie sur les coulisses de l'enquête

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Le procureur Emmanuel Dupic, le 21 novembre 2020 devant le tribunal de Vesoul (Haute-Saône) - SEBASTIEN BOZON © 2019 AFP
Le procureur Emmanuel Dupic, le 21 novembre 2020 devant le tribunal de Vesoul (Haute-Saône) - SEBASTIEN BOZON © 2019 AFP

Après être apparu comme un veuf effondré pendant plusieurs mois, Jonathann Daval avait reconnu le meurtre de sa femme Alexia Fouillot et avait été condamné à 25 ans de réclusion en novembre 2020. Dans cette affaire aux importantes répercussions médiatiques, Emmanuel Dupic, procureur de la République de Haute-Saône et avocat général lors du procès de Jonathann Daval, ne s'est jamais exprimé sur les coulisses de l'enquête.

C'est désormais chose faite, dans une interview donnée à RTL, et parue ce jeudi. Au micro de nos confrères, Emmanuel Dupic est revenu cette affaire "qui a marqué (son) parcours professionnel".

Jonathann Daval auditionné deux fois le jour de la disparition

Fin octobre 2017, Alexia Fouillot disparaît. "Nous sommes un samedi, le 28 octobre, je suis en famille chez moi au moment du déjeuner et je vais recevoir un appel des gendarmes, qui ont reçu le témoignage du mari Jonathann Daval, indiquant que sa femme était partie en début de matinée, réaliser un footing et qu'il ne l'avait pas retrouvée", se remémore-t-il.

A ce stade des investigations, il y a "deux hypothèses". "Soit elle a quitté le domicile familial, ce qui peut arriver, ou alors, il s'est passé quelque chose de grave", relate le magistrat, qui va alors demander aux gendarmes d'entendre plus longuement Jonathann Daval, "compte tenu du contexte particulier".

La deuxième audition se déroule vers 17 heures le même jour. "C'est un moment important parce que tout d'abord, on va constater sur son corps des petites traces qui ressemblent à des griffures", confie-t-il.

"C'est un meurtrier qui connaît sa victime parce qu'il y a un grand acharnement"

Deux jours après la disparition de la jeune femme, un corps est découvert dans un bois. "On retrouve une jeune femme qui a été partiellement brûlée - ce qui est un élément important pour l'enquête - qui présente des traces probablement de strangulation au niveau du cou et qui présente également un visage extrêmement tuméfié, c'est-à-dire qu'elle a reçu des coups importants sur le visage", se souvient Emmanuel Dupic.

La découverte de ce corps brûlé donne un indice supplémentaire aux enquêteurs: "ce sont des manifestations plutôt d'un meurtrier qui se situe dans la sphère familiale". "C'est un meurtrier qui connaît sa victime parce qu'il y a un grand acharnement", explique le procureur, contrairement à un "crime de sang avec un couteau" ou une arme à feu, qui est "une mort beaucoup moins douloureuse et beaucoup plus rapide, moins empreinte de tensions entre les protagonistes".

C'est Emmannuel Dupic qui doit annoncer à la famille cette découverte, un "moment qui est extrêmement rare et très difficile". Le magistrat doit "à la fois annoncer à la famille qu'on a découvert un corps carbonisé qui prend un nom, celui de leur fille. Et puis, au même moment, indiquer la découverte de ce corps à un suspect, Jonathann Daval".

Ce dernier est "complètement affecté". "J'ai le souvenir de le voir pleurer, s'épancher sur Isabelle Fouillot, elle-même dans une intense émotion, donc c'est quelque chose qui est très déstabilisant", explique-t-il.

Des aveux arrachés trois mois après la découverte du corps

Jonathann Daval passe aux aveux trois mois après la découverte du corps de son épouse. Emmanuel Dupic se souvient d'une "garde à vue difficile". Le suspect est "entendu à cinq reprises en 48 heures" et craque seulement "à la fin, à la cinquième audition".

Une confession que les enquêteurs ont dû arracher à Jonathann Daval: "ça fait partie des catégories des aveux qu'on obtient parce qu'on est acculé. On est dos au mur". Pour le suspect, il s'agit de reconnaître son geste. "C'est également quelque part annoncer à ses beaux-parents qu'il est l'auteur de la tragédie", résume Emmanuel Dupic.

Article original publié sur BFMTV.com

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