Procureur inflexible, antiféministe et novice en politique: qui est le nouveau président sud-coréen Yoon?

Très critiqué en raison de certaines de ses prises de position pendant la campagne, le nouveau président de Corée du Sud, surnommé par certains le "Donald Trump coréen", a prêté serment ce mardi.

La Corée du Sud a investi ce mardi son nouveau président Yoon Suk-yeol, élu de justesse début mars, qui entame un mandat de cinq ans. Novice en politique, il s'est fait connaître du grand public comme procureur inflexible, quand il travaillait sur des scandales de corruption éclaboussant de hauts responsables du pays.

Mais de par ses positions agressives à l'égard de la Corée du Nord, ses promesses électorales antiféministes et une insensibilité affichée sur des questions comme la pauvreté ou la guerre en Ukraine, ce conservateur a suscité de nombreuses polémiques.

Ancien procureur inflexible

Né à Séoul en 1960, Yoon Suk-yeol a joué un rôle clé dans la chute de l'ancienne présidente Park Geun-hye pour abus de pouvoir en 2017. Désigné premier procureur du pays en 2019, il a également inculpé un proche collaborateur du président sortant Moon Jae-in pour fraude et corruption. Cette affaire a terni l'image d'intégrité de l'administration Moon, qui avait pourtant nommé Yoon Suk-yeol à son poste.

C'est ainsi qu'il a attiré l'attention du Parti du pouvoir au peuple (PPP, droite), qui a commencé à le courtiser. Il en a finalement remporté les primaires pour devenir son candidat à la présidentielle.

Yoon Suk-yeol "a construit sa réputation en tant que combattant acharné contre les abus de pouvoir, et non en tant que dirigeant démocratique conventionnel valorisant la négociation et la compréhension", souligne auprès de l'AFP Gi-Wook Shin, professeur de sociologie à l'Université de Stanford.

La vie politique sud-coréenne est très clivée, disent les analystes. Tous les anciens présidents encore en vie ont été emprisonnés pour corruption après leur mandat.

Mais malgré son rôle dans l'éviction de Park Geun-hye, Yoon Suk-yeol a reçu le soutien des électeurs conservateurs en leur offrant une chance de "se venger" de Moon Jae-in - allant même jusqu'à menacer d'enquêter sur lui pour des "irrégularités" qu'il n'a pas spécifiées. Et l'épouse de Yoon Suk-yeol a affirmé que ses détracteurs seraient poursuivis si son mari gagnait, car c'est "la nature du pouvoir", selon des propos enregistrés et publiés à son insu.

Antiféministe assumé

Antiféministe assumé, il s'est engagé à supprimer le ministère de l'Égalité des sexes, à l'avant-garde du progrès pour les Sud-Coréennes depuis 2001. Il a soutenu que les femmes sud-coréennes ne souffrent pas de discrimination systémique, malgré les nombreuses preuves du contraire. Ses propos ont incité les jeunes femmes à se mobiliser contre lui.

Yoon Suk-yeol a toutefois remporté l'élection avec l'écart le plus étroit jamais obtenu. Et son comité de transition a déclaré par la suite qu'il conserverait pour l'instant le ministère de l'Egalité des sexes.

Il a d'autre part commis une série de gaffes pendant la campagne, allant de l'éloge de l'un des anciens dictateurs du pays au dénigrement du travail manuel et des Africains. Ses sorties lui ont valu le surnom du "Donald Trump coréen", comme le note RFI.

"Un processus de dénucléarisation complète" pour la Corée du Nord

Sur la Corée du Nord, Yoon Suk-yeol a menacé de frappes préventives son voisin doté de l'arme nucléaire, ce qui, selon les analystes, semble complètement irréaliste. Lors de sa campagne, il a qualifié Kim Jong Un de "garçon grossier" et s'est engagé auprès de ses électeurs à "lui apprendre les bonnes manières". Dans son discours d'investiture ce mardi, il a appelé la Corée du Nord a renoncer à l'arme atomique.

"Si la Corée du Nord s'engage véritablement dans un processus de dénucléarisation complète, nous présenterons un plan audacieux qui renforcera considérablement l'économie nord-coréenne et améliorera la qualité de vie de sa population", a-t-il promis. "Les programmes d'armes nucléaires de la Corée du Nord constituent une menace, non seulement pour notre sécurité mais aussi pour celle de l'Asie du Nord-Est", a poursuivi le nouveau président. "La porte du dialogue restera ouverte afin que nous puissions résoudre pacifiquement cette menace".

Il veut aussi faire l'acquisition du système de missiles américain THAAD pour contrer le Nord, malgré les risques de s'attirer de nouvelles mesures de rétorsion économiques de la part de la Chine, son principal partenaire commercial.

Un "manque de compétences politiques"

D'autre part, son inexpérience parlementaire pourrait aussi lui coûter cher face à une Assemblée nationale contrôlée par ses rivaux du Parti démocrate, qui surveilleront de près ses politiques.

Il est devenu l'"icône" des conservateurs parce qu'il était "considéré comme la meilleure personne pour battre le candidat du Parti démocrate, malgré son manque d'expérience en matière de leadership politique", déclare Gi-Wook Shin. "Cela n'est pas de bon augure pour la démocratie coréenne, car nous pouvons nous attendre à une polarisation accrue", regrette-t-il.

Le "manque de compétences politiques de Yoon Suk-yeol se répercutera sur la politique étrangère", prédit également à l'AFP Minseon Ku, professeure de sciences politiques à l'Université d'État de l'Ohio. Jusqu'à présent, le camp de Yoon "semblait simplement copier-coller des phrases de politique étrangère tirées des discours des présidents républicains américains", a-t-elle ajouté.

"La prochaine présidence arrive à un moment de transition pour le monde", notamment après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, déclare à l'AFP Karl Friedhoff, du Chicago Council on Global Affairs. "Cela signifie qu'il faudra relever des défis difficiles en matière de compromis que la Corée du Sud n'a pas eu à faire dans le passé. Yoon est-il à la hauteur de cette tâche?"

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - La Corée du Nord exhibe un missile balistique et déclare vouloir "renforcer" son arsenal nucléaire

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles