Proclamation de Charles III : dans les rues de Londres, le prince mal-aimé devient un roi ovationné

© Adrian Denis, AFP

Contre toute attente, Charles jusque-là peu apprécié des Britanniques, trouve avec son accession au trône une popularité toute nouvelle. Quelques éléments d’explication sur l’évolution de ce monarque "méconnu".

Rarement un roi aura attendu aussi longtemps pour monter sur son trône. C’est désormais chose faite : à 73 ans, Charles III a été officiellement proclamé roi d’Angleterre, samedi 10 septembre, au palais Saint-James, devant une foule visiblement conquise et joviale. "Ce moment paraissait irréel, on s’est tous massés derrière les barrières, on a pu le voir, c’était tout simplement génial, raconte Vicky, une institutrice de 35 ans enchantée par ce qu'elle vient de vivre. C’était la toute première fois que je le voyais. Je suis contente parce que je l’aime beaucoup".

Difficile de trouver parmi la foule de curieux venus en nombre des propos amers à l’endroit du nouveau monarque. "J’ai pu l’apercevoir brièvement, je trouve qu’il a beaucoup de courage car il en faut pour devenir roi à 73 ans, estime Tracy, cadre grisonnante dans une grande entreprise. Je pense vraiment qu’il va faire un bon roi car il incarne la continuité de sa mère et il est sincère." Partout, des paroles bienveillantes et des encouragements à l’égard du roi endeuillé.

Une cote en berne

Pourtant, il y a quelques mois encore, l'héritier du trône était loin de faire l’unanimité. Un sondage publié début juillet, réalisé par YouGov, révélait un manque flagrant de popularité. Il ne recueillait en effet que 42 % d’opinions favorables, se plaçant ainsi à la septième place dans la liste des membres les plus appréciés de la famille royale. Ses controverses au sujet de son infidélité à Lady Diana, son divorce houleux, ses sorties parfois malheureuses et plus récemment, son implication supposée dans les Paradise Papers – entre autres scandales financiers –n’ont pas plaidé en sa faveur.

Mais il faut croire que le décès de la reine et son tout premier discours en tant que roi prononcé le 9 septembre ait changé les choses. "Charles est un roi méconnu des Britanniques. Jusqu’à son premier discours, personne n’avait réellement entendu le son de sa voix. Personne n’avait accordé d’attention à ses prises de paroles lors de ses nombreuses inaugurations, explique à France 24 Tristan de Bourbon-Parme, correspondant à Londres. Mais depuis son discours, les gens se sont aperçus qu’il avait une voix chaude et un discours très humain. Ils se sont dit qu’ils avaient une mauvaise image de Charles depuis trente ans qui ne correspondait peut-être pas à celui qu’il était vraiment. Il signe là un excellent début de règne, il ne pouvait pas faire mieux".

"Je suis fière de ce nouveau roi"

Dans la rue, on ne dit pas autre chose. "J’ai adoré son discours d’hier [Ndlr prononcé le 9 septembre], j’ai pleuré. Je suis pourtant Italienne, je vis seulement à Londres depuis six ans, mais je me sens très proche de lui, je l’ai senti très humain". Il faut croire que la difficulté de la tâche à laquelle le roi Charles III est confronté suscite beaucoup d’empathie de ses sujets. "Ce n’est pas facile de passer après la reine qui est profondément ancrée dans le cœur des Britanniques, poursuit Tracy. Elle est arrivée jeune au pouvoir, elle était une femme, et elle a réussi à s’imposer, ce n’était pas facile mais cela lui a valu beaucoup d’admiration. Pour Charles, qui est âgé et qui est un homme, c’est moins facile de gagner en popularité". Et la Britannique de poursuivre, "et ce n’est pas forcément facile de commencer son règne dans une période économique difficile".

À moins que ce contexte ne lui soit finalement favorable. "Je suis fière de ce nouveau roi, avance Vicky. Nous traversons une période compliquée où les prix montent en flèche, et malgré tout cela, il parvient à rassembler les Britanniques qui en ont tant besoin. Il y a bien des factures qui m’attendent chez moi, et malgré cela, je repars avec le sourire". Dans ce climat d’incertitude, "la stabilité de la couronne a quelque chose de rassurant", estime Anne, Londonienne de 35 ans.

Le soutien de Camilla

Une chose est sûre, le roi Charles III va imprimer un style très différent rompant avec la neutralité de la reine Elizabeth II. À l’heure du réchauffement climatique, son intérêt pour la cause environnementale pourrait bien lui conférer de la sympathie. C’est du moins ce que pense la quinquagénaire Tracy. "Plus qu’un homme politique pour qui j’éprouve une grande suspicion, le discours de Charles peut avoir un impact favorable. Son engagement pour la cause environnementale ou pour l’égalité sociale est sincère. Et ce nouveau style pourrait le distinguer de sa mère et le rendre à son tour très populaire."

Quant à Camilla, qui fut longtemps détestée des Britanniques, elle semble avec le temps avoir été adoptée par les sujets de la Couronne. " Je suis sûre qu’elle saura apporter tout son soutien à Charles et fera une excellente reine", conclut Tracy, optimiste et heureuse.