Les proches de marins disparus après le naufrage du Moskva exigent des "réponses" du Kremlin

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Le croiseur russe Moskva, photographié en flammes, avant de couleur dans la mer Noire jeudi 14 avril 2022 - BFMTV
Le croiseur russe Moskva, photographié en flammes, avant de couleur dans la mer Noire jeudi 14 avril 2022 - BFMTV

Les raisons du naufrage du croiseur russe Moskva jeudi dernier en Mer Noire ne font plus guère de doute. Si la Russie a d'abord évoqué une simple explosion de munitions à bord, il est désormais établi que ce vaisseau-amiral de la flotte du Kremlin a été coulé après avoir été touché la veille par deux missiles "Neptune" ukrainiens. Le sort des 510 membres de son équipage, lui, pose encore question.

Cinq jours après que le navire a été envoyé par le fond, et tandis que le régime de Moscou a commencé à reconnaître de premières pertes parmi ses marins, des familles laissées sans nouvelles de leurs proches demandent publiquement des comptes à l'Etat. Le Guardian a publié leurs témoignages lundi.

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"Il avait 19 ans, c'était un conscrit"

C'est un nouveau chapitre de la guerre de communication qui se superpose aux combats entre Ukrainiens et Russes. L'exécutif de la Fédération de Russie a d'abord affirmé que l'équipage du Moskva avait pu être secouru et évacué avant le naufrage. Lundi, toutefois, il avait déjà officialisé les morts de deux marins. Et parmi eux, le fils de Yulia Tsivova.

"Ils ne m'ont rien dit d'autre, je n'ai eu aucune information sur ses funérailles", a-t-elle confié en larmes au Guardian par téléphone après que son gouvernement lui a confirmé qu'Andreï ne reviendrait pas de la guerre. "Je suis certaine qu'il n'est pas le seul à avoir perdu la vie", a-t-elle ajouté, enchaînant: "Il avait 19 ans, c'était un conscrit".

Une précision d'autant plus sensible que le pouvoir russe avait juré de préserver la vie de ces jeunes enrolés, mobilisés sans être des militaires de carrière.

Iegor, le fils de Dmitry Shkrebets, était lui aussi un conscrit. Il officiait comme cuisinier sur le Moskva. Dans un message envoyé au quotidien britannique, il a souligné: "Un conscrit - qui n'est donc pas censé participer activement au combat - fait partie des disparus. Mais comment on peut être porté disparu en pleine mer?"

200 blessés dans un hôpital militaire de Crimée

Le père endeuillé va plus loin dans sa remise en cause des discours officiels: "Ils ont dit que tout l'équipage avait été évacué. Mais c'est un mensonge! Un mensonge cruel, cynique".

Sa femme, Irina, a raconté au média russe indépendant The Insider leur visite d'un hôpital de Crimée, où les blessés ont été envoyés, à la recherche de leur fils. Un déplacement qui ne leur a pas permis de le retrouver et soulève plus de questions qu'il ne leur a apporté de réponses.

"On a regardé tous ces gamins brûlés. Je ne peux pas vous dire à quel point c'était dur, mais on n'a pas trouvé notre fils." "Ils étaient 200 là-bas", a-t-elle chiffré: "Mais ils étaient plus de 500 à bord. Où sont passés les autres?"

Tous les proches de disparus n'ont pas l'audace des Shkrebets, qui disent avoir été contactés par trois autres familles désireuses de s'associer à leurs démarches. Dmitry Shkrebets a même mis sa requête par écrit. Il a en effet expédié une demande formelle d'information concernant le sort de Iegor au bureau de conscription où celui-ci a été recruté. "On a besoin de réponses écrites à nos questions sur nos enfants, pas de SMS avec des photos et des prières", a-t-il expliqué.

La règle de l'omerta

Samedi, pourtant, le ministère russe de la Défense avait diffusé une vidéo montrant apparemment la rencontre entre l'amiral Nikolaï Ievmenov, patron de la marine nationale, et les marins du Moskva après le naufrage. Au milieu des quelques dizaines de matelots présents lors de cette scène, Eskender Djeparov a en tout cas eu le bonheur de reconnaître son frère Akbar, comme il l'a glissé au Guardian: "On était vraiment très heureux de le voir dans cette vidéo de l'équipage à Sébastopol."

Il a affirmé que son foyer avait même pu l'avoir au téléphone: "Le lendemain de la tragédie, il a appelé notre mère, pour lui dire qu'il était en vie, qu'il allait bien. Qu'elle ne devait pas s'inquiéter." "Il ne nous a pas dit ce qu'il s'était passé, il ne parle pas beaucoup".

Loin de la propagande ventilée par le Kremlin, c'est bien l'omerta qui règne dans les rangs de ses troupes.

Article original publié sur BFMTV.com

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