Procès de l'attentat de Nice: la diffusion de la vidéosurveillance en débat

Pendant plus de trois mois, la cour d'assises spéciale qui juge l'attentat de Nice va s'interroger sur le rôle de huit accusés.  - Valery Hache
Pendant plus de trois mois, la cour d'assises spéciale qui juge l'attentat de Nice va s'interroger sur le rôle de huit accusés. - Valery Hache

Est-il nécessaire de diffuser les 4 minutes et 17 secondes de la vidéo surveillance montrant la course meurtrière de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel sur la promenade des Anglais au soir du 14 juillet 2016? C'est la question qui a été débattue mardi devant la cour d'assises spéciale de Paris qui juge l'attentat terroriste commis il y a six ans. Ce visionnage est envisagé vendredi.

Ces quatre minutes d'horreur filmées par les caméras de surveillance de Nice ont été conservées en un seul exemplaire, sous scellé, afin qu'"aucune image ne circule en dehors de la procédure judiciaire", et "je souhaite que ça reste le cas", pour "éviter le voyeurisme ou le sensationnalisme", a souligné le président de la cour, Laurent Raviot.

Trois critères

Selon le président de la cour d'assises, la décision de montrer ou pas les images dans la salle d'audience à Paris ainsi que dans les salles de retransmission à Nice, doit reposer sur trois critères.

"Est-ce que ça a un intérêt par rapport à la compréhension du déroulement de l'attentat, est-ce que ça a un intérêt pour déterminer la responsabilité éventuelle des accusés, et est-ce que ça a un intérêt pour les parties civiles", a-t-il énuméré, précisant qu'il n'avait pas vu lui-même ces images.

Le président n'a pas précisé quand il rendrait sa décision. Le visionnage du scellé est envisagé vendredi, à l'occasion de l'audition de l'agent de la sous-direction antiterroriste (Sdat) de la police judiciaire qui a exploité ces images pour les besoins de l'enquête.

Les avocats divisés

Les parties civiles sont divisées sur le sujet. "C'est quelque chose qui nous a été demandé à de nombreuses reprises, pour des raisons de reconstruction, de reconstitution des mémoires", mais aussi pour "pouvoir confronter la cour, le parquet, les accusés aux faits que nous allons juger", a souligné Virginie Le Roy, avocate de l'association Promenade des anges et de nombreuses victimes.

"Mes clients sont soit hostiles (à la diffusion des images), soit n'ont pas d'opinion", a dit de son côté Gérard Chemla, un autre avocat de parties civiles.

"Cette question met le doigt sur la dichotomie entre ce qui est nécessaire pour les parties civiles et le débat de la manifestation de la vérité et de l'appréciation de la responsabilité des accusés", a fait valoir Adelaïde Jacquin au nom des avocats de la défense.

Aucun des accusés n'étant renvoyé pour "complicité" de l'attentat, "on considère que le visionnage de ces vidéos n'est pas nécessaire à l'appréciation de (leur) responsabilité", a ajouté l'avocate.

Article original publié sur BFMTV.com