Procès de l'attentat de Nice: un deuxième accusé dément toute aide à l'assaillant

"Je n'ai rien fait, rien du tout". Au procès de l'attentat de Nice, l'un des accusés a nié vendredi avoir apporté la moindre assistance à l'auteur du massacre mais donné peu d'éclaircissements sur les éléments qui lui sont reprochés.

Chokri Chafroud assure qu'il n'a "rien à voir" avec le projet meurtrier de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, qui a fait 86 morts le 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais au volant d'un camion-bélier.

C'est l'une des seules certitudes de ce Tunisien de 43 ans, teint mat, front dégarni, en jean et gilet zippé noir, dont les déclarations ont beaucoup varié pendant l'enquête, selon lui "par peur".

"Je n'en ai aucune idée", "je ne suis pas dans sa tête", "je ne me souviens pas": devant la cour d'assises spéciale de Paris, il multiplie les réponses évasives aux questions sur le comportement du chauffeur, le sens de ses messages ou sa date d'arrivée en France, à l'été 2015 ou début 2016.

Chokri Chafroud explique avoir sympathisé avec l'auteur de l'attentat dans un café à Nice, pour rencontrer des compatriotes et parce qu'il prétendait pouvoir l'aider à trouver un logement. "On prenait un café, on se baladait. Pour moi il s'agissait d'un individu normal".

En détention provisoire depuis l'été 2016, il fait partie des trois accusés poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste et encourt vingt ans de réclusion.

- "Proximité" -

Il y a contre lui "la convergence d'un certain nombre d'éléments qui en soi ne signifient pas grand-chose mais qui, quand on les met bout à bout, créent une présomption de charges laissant penser que (...) vous pourriez avoir une connaissance" du projet d'attentat, résume le président de la cour, Laurent Raviot.

Pour l'accusation, les contacts téléphoniques entre les deux hommes et les photos retrouvées dans le téléphone de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel signent une "très grande proximité". Elle l'estime donc "pleinement conscient" de son "adhésion récente à l'idéologie du jihad armé".

"Il ne m'a pas montré" de vidéos d'exactions et "ne me parlait pas de choses de ce genre", rétorque Chokri Chafroud.

Il lui est également reproché d'avoir été "associé" à la location du poids lourd ayant servi à l'attentat, en raison d'un SMS reçu le 5 juillet mentionnant "Ada gare".

L'accusé assure n'avoir "jamais entendu parler" de cette agence de location. "Ça faisait partie de tous ces messages que je ne comprenais pas qu'il envoyait tout le temps", balaie-t-il.

Contrairement à ce qu'il avait spontanément affirmé en garde à vue, Chokri Chafroud indique n'avoir jamais effectué les démarches réclamées par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel pour lui fournir une arme, en échange de l'effacement d'une dette. "J'ai menti pour gagner du temps".

La cour s'attarde alors sur deux SMS de l'assaillant le jour de l'attentat.

- "Impossible" -

Le premier, envoyé à Chokri Chafroud vers 20h30: "je suis sur la Prom viens je te passe… C pour...159", faisant suspecter à l'accusation "une entente (...) relative à un projet commun".

"Comme si vous étiez censé comprendre la raison pour laquelle il veut vous voir...", analyse le président.

"Je ne sais pas comment l'interpréter", maintient l'accusé.

Le second message est expédié à un autre accusé, Ramzi Arefa, peu avant 22h30, à quelques minutes du passage à l'acte.

"Je voulais te dire que le pistolet que tu m'as donné hier c'est très bien", commence-t-il, avant de l'inviter à en rapporter cinq de plus. "C'est pour Chokri et ses amis. Ils sont prêts pour le mois prochain".

"Je suis le premier à trouver étrange qu'il donne autant de détails opérationnels permettant aux policiers d'identifier ses complices", concède Laurent Raviot. Pour autant ce message n'est pas entièrement "farfelu", ajoute-t-il, puisque Mohamed Lahouaiej-Bouhlel s'est procuré une arme deux jours auparavant, par l'intermédiaire de Ramzi Arefa.

"Je ne sais pas ce qu'il avait en tête", répète Chokri Chafroud.

"Est-ce qu'il aurait pu penser que vous seriez prêt à vous engager dans un projet terroriste ?", poursuit le président.

"Impossible. Je ne suis pas ce type de personne, je ne ferais pas quelque chose de pareil", réplique l'accusé, pour une fois catégorique.

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