Procès de l'attentat de Nice: la cour achève l'interrogatoire des accusés

La cour d'assises spéciale de Paris a entendu lundi le septième et dernier des accusés présents au procès de l'attentat de Nice du 14 juillet 2016, un Albanais de 30 ans poursuivi pour trafic d'armes mais qui nie toute implication.

Endri Elezi, qui n'a séjourné que quelques semaines à Nice à l'été 2016, est accusé d'avoir participé à la fourniture de deux armes.

Parmi elles un pistolet qui sera vendu le 12 juillet à Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, le Tunisien auteur du massacre au camion-bélier qui a fait 86 morts et plus de 400 blessés sur la Promenade des Anglais.

C'est avec ce pistolet semi-automatique que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a ouvert le feu depuis son camion, sans atteindre personne, avant d'être abattu par la police.

A la barre, Endri Elezi explique être arrivé en France début juin 2016 à l'invitation d'un cousin, Adriatik Elezi, qui disait pouvoir l'aider à trouver du travail. "J'avais envie de changer d'horizon", justifie-t-il.

Depuis l'adolescence, le jeune homme fait des aller-retours entre l'Albanie et la Grèce, l'Italie ou la Belgique, travaillant comme saisonnier dans l'agriculture ou comme peintre en bâtiment. Il reconnaît aussi avoir été incarcéré sept mois en Belgique après un cambriolage.

La mise sur écoute du téléphone de ce cousin montre qu'il "semble vivre en France de cambriolages", observe la première assesseure, Emmanuelle Bessone.

"Je ne savais pas. On se voyait, on prenait des cafés, mais je ne savais pas ce qu'il faisait concrètement", assure Endri Elezi, en veste de survêtement noire et pantalon gris.

Le jeune homme conteste toute implication dans la transaction autour du pistolet: "on n'a jamais évoqué d'armes ensemble".

Contrairement à ce qu'a déclaré son cousin pendant la procédure, il affirme également ne pas connaître Artan Henaj, coaccusé au procès, à qui le pistolet sera remis et qui le vendra à l'auteur de l'attentat par le biais d'un autre accusé, Ramzi Arefa.

"Je ne sais pas quoi vous dire, je ne le connaissais pas avant. Si je l'avais connu, je vous l'aurais dit", assure l'accusé.

- "En pleurs" -

Visiblement stressé, les yeux rougis, il répond en albanais aux questions en peu de mots, d'une voix plaintive.

Il reconnaît seulement être allé chercher un sac contenant un fusil d'assaut, dissimulé dans une zone boisée des hauteurs de Nice, sur instructions de son cousin. Cette arme sans munition sera retrouvée dans la cave de l'immeuble où habitait Ramzi Arefa, deux jours après l'attentat.

Le 17 juillet, jour de l'interpellation d'Artan Henaj, Endri Elezi et son cousin changent de ligne téléphonique.

"Vous savez pertinemment que l'une des armes que vous avez transportée est susceptible d'avoir servi à l'attentat, puisque c'est ce que dit Adriatik Elezi pour justifier ce changement de ligne", tente le président de la cour, Laurent Raviot.

Nouvelle dénégation de l'accusé. "A l'époque je ne savais même pas qui avait été interpellé. C'est lui qui m'a amené" la nouvelle puce téléphonique.

Adriatik Elezi, également mis en examen dans l'enquête sur l'attentat, s'est suicidé en juin 2018 en détention.

Selon Endri Elezi, son départ de Nice pour l'Italie, fin juillet 2016, n'est pas non plus lié à la crainte d'être interpellé après l'attentat. "Non, j'ai jamais pensé à une telle chose", assure-t-il, expliquant son départ par l'absence de travail stable en France.

Il sera interpellé début 2021 en Italie, où il venait de s'installer avec sa femme et son fils. Incarcéré quelques mois en France, il est libre sous contrôle judiciaire depuis novembre 2021.

A la fin de son interrogatoire, l'accusé, qui encourt cinq ans de prison, s'effondre en pleurs sur le banc.

Mardi, la cour lira les déclarations du huitième accusé, Brahim Tritrou, jugé en son absence. Ce Tunisien de 37 ans, accusé d'avoir servi d'intermédiaire entre Ramzi Arefa et Artan Henaj, serait actuellement détenu en Tunisie, selon sa compagne.

Mercredi débutent les plaidoiries des parties civiles.

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