Le procès de l’assassinat du policier Xavier Jugelé s'ouvre à Paris

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Le 20 avril 2017, Karim Cheurfi avait tué le policier Xavier Jugelé et blessé deux de ses collègues sur les Champs-Élysées, à Paris, avant d’être abattu. Quatre hommes, accusés de l’avoir aidé, notamment à se procurer son arme, sont jugés à partir de lundi.

Le 20 avril 2017, un homme tire à la Kalachnikov contre un car de police stationné sur l'avenue des Champs-Élysées, à Paris. Xavier Jugelé, un policier de 37 ans, est tué. Deux de ses collègues et une touriste allemande sont blessés. Quatre ans plus tard, lundi 7 juin, s'ouvre à Paris, devant une cour d'assises spéciale uniquement composée de magistrats professionnels, le procès de quatre hommes, suspectés d'être complices de cette attaque.

En l'absence de l'assaillant Karim Cheurfi, abattu de deux balles après avoir tué Xavier Jugelé, un seul des quatre hommes est jugé sous la qualification de terroriste. Nourredine Allam, âgé de 31 ans, est poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d'un crime, soupçonné d'avoir vendu à Karim Cheurfi le fusil d'assaut avec lequel Xavier Jugelé a été tué, à trois jours du premier tour de l'élection présidentielle.

Les trois autres accusés sont jugés pour détention et/ou cession d'armes. Un seul comparaît libre.

L'accusé nie en bloc

Lundi, Nourredine Allam a présenté ses condoléances à la famille et aux proches du policier. Rasé de près, cheveux courts, vêtu d'une veste sombre sur un tee-shirt gris, il a ensuite maintenu devant la cour ce qu'il avait défendu pendant l'enquête.

"Je n'ai rien à voir avec cette vente d'arme, ni de près, ni de loin", a ainsi déclaré Nourredine Allam, précédemment condamné à 19 reprises entre 2004 et 2013, parfois à de la prison ferme, pour des délits de droit commun.

Deux des autres accusés ont affirmé pendant l'enquête qu'il avait bien vendu le fusil d'assaut à Karim Cheurfi. Par ailleurs, Nourredine Allam aurait dit au lendemain de l'attentat à son cousin, selon ce dernier, "avoir fait une 'énorme bourde'".

Son avocate, Me Clarisse Serre, a par ailleurs rejeté, lundi, devant la presse, la qualification terroriste, soulignant que le profil de son client n'avait "rien à voir" avec celui d'un islamiste radical.

Elle a aussi mis en avant la responsabilité des autorités qui ont laissé libre Karim Cheurfi à l'issue d'une garde à vue, fin février 2017 (soit deux mois avant l'attaque), dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Meaux pour "association de malfaiteurs en vue de commettre un crime".

"Les autorités connaissaient, un mois et demi avant l'attaque, son projet d'assassiner des policiers. Si l'audience est bien menée, on va très vite se rendre compte des loupés dans cette affaire. Le drame des Champs-Élysées aurait pu être évité", a soutenu Me Serre.

Cette enquête faisait suite à deux signalements effectués fin 2016 auprès des commissariats de Marseille et Montfermeil (Seinte-Saint-Denis) au sujet du comportement et des propos de Karim Cheurfi. Déjà condamné en 2005 à 15 ans de prison pour tentatives d'assassinats sur personnes dépositaires de l'autorité publique, "sa haine des policiers" était notoire, a rappelé le président de la cour, Laurent Raviot.

À trois jours de l'élection présidentielle

À trois jours du premier tour de l'élection présidentielle 2017, l'attaque, aussitôt revendiquée par le groupe jihadiste État islamique (EI), avait durci la fin de la campagne alors que la France avait subi en 2015 et 2016 une vague sans précédent d'attentats.

Un hommage national avait été rendu à Xavier Jugelé, élevé à titre posthume au rang de capitaine et fait chevalier de la Légion d'honneur. Par ailleurs, François Hollande, alors président de la République, et la maire de Paris, Anne Hidalgo, s'étaient rendus au mariage posthume, le mois suivant, de Xavier Jugelé avec son compagnon, invité à l'Élysée lors de l'entrée en fonction d'Emmanuel Macron.

À la veille de l'ouverture du procès, Jean-Luc Mélenchon a cité le cas de Xavier Jugelé parmi d'autres avant de prédire "un grave incident ou un meurtre" dans la "dernière semaine de la campagne présidentielle", créant la polémique.

"Ça a été Merah en 2012 (auteur jihadiste des tueries de Toulouse et de Montauban, notamment dans une école juive, NDLR), ça a été l'attentat la dernière semaine sur les Champs-Élysées, avant on avait eu Papy Voise (Paul Voise, un retraité agressé chez lui à Orléans en avril 2002), dont plus personne n'a jamais entendu parler après. Tout ça, c'est écrit d'avance", a lancé le leader de la France insoumise.

Avec AFP