Procès de Jacques Rançon: les "erreurs" de l'enquête de 1986 pointées du doigt par la défense

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Jacques Rançon échange avec son avocat Xavier Capelet en mars 2018 au procès à Perpignan. - RAYMOND ROIG / AFP
Jacques Rançon échange avec son avocat Xavier Capelet en mars 2018 au procès à Perpignan. - RAYMOND ROIG / AFP

"Les avocats de la défense ont voulu noyer le poisson en posant un tas de questions sur les artifices de la procédure de 1986." Trois décennies après le meurtre d’Isabelle Mesnage, le gendarme Denis Coche affirme à BFMTV.com avoir "tout râtissé" pour retrouver son meurtrier. Pourtant, ce crime est resté irrésolu jusqu’en 2018, quand Jacques Rançon a finalement été mis en examen après avoir reconnu les faits pendant sa garde à vue. Il s'est toutefois rétracté et nie depuis les faits. Sa culpabilité est actuellement débattue devant la cour d’assises de la Somme.

Mais les avocats de la défense, Mes Xavier Capelet et Gérald Brivet-Galaup, s’emploient depuis mardi à démontrer son innocence et, pour ce faire, ils ont décidé ce mercredi de pointer les failles des investigations menées à l’époque, sous-entendant que les enquêteurs étaient passés à côté du véritable coupable, qui ne peut être l’homme qui se trouve aujourd’hui dans le box des accusés.

Des "fautes, des erreurs" dans l'enquête

"Ils ont raison sur certains points", reconnaît Denis Coche, entendu par la cour dans la matinée et interrogé ensuite par BFMTV.com. Oui, il y a eu des "fautes, des erreurs" dans la technique et la rigueur de l’enquête en 1986. Il se souvient notamment du sac à dos d’Isabelle Mesnage qui a été retrouvé ensanglanté dans un champ cinq jours après sa disparition.

"Il a été rapporté à la gendarmerie, ça a modifié la scène de crime. C’est vrai que c’est une faute professionnelle, d’ailleurs j’ai passé un sacré savon au gendarme qui a fait ça. Mais c’était une petite brigade, on n’était pas habitué du tout à traiter un tel crime", nous raconte-t-il.

A la barre, les avocats de Jacques Rançon avancent même que les enquêteurs pourraient avoir laissé filer le coupable. Ils visent par exemple un collègue d’Isabelle Mesnage avec qui elle pourrait avoir eu une liaison. Mais pour Denis Coche, cet homme n’a pas été considéré comme suspect longtemps car "sa personnalité ne collait pas. Il ne semblait pas capable d’une telle violence. On ne l’a pas ménagé pendant la garde à vue, nous assure-t-il, mais vraiment, ça ne correspondait pas".

"Ça ne collait pas"

Serge Eeckout, un autre gendarme qui a participé à la première enquête, l’affirme lui aussi devant la cour: "Ça ne collait pas. Il n’avait aucun contact téléphonique avec Isabelle Mesnage, et son épouse a testifié à l’époque qu’elle était avec lui le soir présumé du meurtre, le 28 juin".

Pour l’enquêteur, l’auteur du meurtre d’Isabelle Mesnage est un "sadique qui cherchait à assouvir un désir sexuel". Il dit avoir remarqué sur la victime que les parties génitales avaient été sectionnées. Un modus operandi qui rappelle celui utilisé pour le meurtre de Moktaria Chaïb et pour lequel Jacques Rançon a été reconnu coupable.

C’est d’ailleurs l’un des principaux éléments qui a permis de relancer l’enquête en 2018 sur l’affaire Mesnage, avec de nouveaux gendarmes. Mais ce discours a passablement agacé la défense qui a reproché à Serge Eeckout et Denis Coche d'avoir réinterprété leurs constats initiaux dans une logique à charge.

"Vous tenez des propos qui calquent un peu trop la personnalité de M.Rançon", a-t-il lancé.

"Un prédateur qui guettait"

"Si des organes avaient été prélevés, vous vous en souviendriez aujourd'hui?", demande Me Xavier Capelet à Denis Coche, tentant d'affaiblir le dossier d'accusation.

"J’ai été marqué par l’état de décomposition et il y a peut-être des détails qui m’ont échappé", répond-il.

Et d’ajouter: "Il était évident que la mort avait été très brutale. J’ai toujours pensé qu’Isabelle Mesnage avait été victime d’un prédateur qui guettait sa victime et qui l’a très violemment agressée."

Après avoir échoué à clôturer cette enquête, les deux gendarmes se disent soulagés que l’affaire se retrouve finalement devant les assises avec un accusé. "On saura vendredi si M.Rançon est coupable ou non, seule la cour le dira", a rappelé la présidente "S'il s'avère être le coupable, j'en éprouverai une satisfaction pour la famille Mesnage qui aura enfin la réponse qu'elle attend depuis 35 ans", conclut Serge Eeckout.

Article original publié sur BFMTV.com