Le procès d'Harvey Weinstein s'est ouvert à New York

Le procès du producteur déchu Harvey Weinstein s'est ouvert ce lundi 6 janvier à New York. L'ancien producteur de cinéma doit répondre des accusations de viol et de harcèlement sexuel. Il a décidé de plaider non coupable.

Harvey Weinstein est apparu au palais de justice de Manhattan courbé en deux, marchant à l'aide d'un déambulateur. Vêtu d'une chemise blanche, en costume et cravate noirs, le visage presque cireux, le producteur de 67 ans est arrivé entouré de ses avocats et de gardes du corps. Une dizaine de ses victimes présumées l'attendaient devant le tribunal. « Il avait l’air d’un lâche. Il nous a évitées, ne nous a pas regardées », a grincé l'une d'elles.

Parmi ces femmes, l’actrice Rosanna Arquette a été l’une des premières à dénoncer le comportement de Harvey Weinstein en 2017, l’accusant d’avoir torpillé sa carrière pour avoir résisté à ses avances. « Nous sommes là pour faire en sorte que cette affaire criminelle se concentre sur le coupable, ses actions à lui, et non celles de ses victimes. Pour faire en sorte que justice soit faite. »

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Harvey Weinstein est poursuivi pour viol et agression sexuelle, rappelle notre correspondante à New York, Loubna Anaki. Le procès qui s’est ouvert ce lundi concerne uniquement deux accusatrices sur une centaine d’autres pour lesquelles les faits étaient prescrits. L’actrice Rose McGowan est l’une d’elles. Devenue figure importante du mouvement MeToo, elle voulait être là en soutien aux deux femmes qui comparaissent. « Ces femmes qui vont être traînées dans la boue, elles sont là pour nous. Et je suis fière d’elles. On nous a privées de notre moment et j’espère qu’elles auront le leur. Leur victoire sera la nôtre et leur défaite sera la nôtre. »

Des questions de procédure

À l'intérieur du tribunal, Harvey Weinstein a gardé le silence, mis à part quelques échanges avec son avocat. L'audience a duré 1h20 et a essentiellement été consacrée à des questions de procédure, rapporte notre envoyée spéciale, Anne Corpet. La défense du producteur déchu a tenté d'obtenir que les jurés soient reclus durant toute la durée du procès, craignant qu'ils ne soient influencés par des nouvelles venues d'autres procédures en cours contre le producteur, notamment à Los Angeles où il vient d'être inculpé pour deux cas d'agression sexuelle commis en 2013. La motion a été rejetée par le juge.

L'accusation a en revanche obtenu que les avocats de la défense cessent de s'exprimer au sujet des témoins. Le week-end dernier, l'avocate d'Harvey Weinstein avait qualifié l'une des accusatrices de « très bonne actrice » et avait décrit leurs liens comme « une relation amoureuse ». Tout commentaire au sujet des plaignantes est désormais interdit aux défenseurs d'Harvey Weinstein, et notamment à Donna Rotunno, celle qu'on surnomme la « bulldog des prétoires ». Elle a déjà défendu 39 hommes accusés d'agression sexuelle et n'a perdu qu'un seul procès.

Côté accusation, les avocats disent vouloir un procès exemplaire afin de montrer au monde que dans la plupart des cas, les victimes de viols connaissent leur agresseur et que les faits ne se déroulent pas forcément sous une menace armée. « J'ai défendu Nafissatou Diallo contre Dominique Strauss-Kahn en 2011. À l'époque, le procès n'avait pas abouti », a rappelé l'un des avocats des plaignants, avant d'ajouter : « Cette fois, j'ai confiance. La société a évolué. »

Harvey Weinstein, lui, a toujours nié les faits. S’il est reconnu coupable, le producteur américain risque la prison à vie.