Le procès en destitution de Donald Trump se prolonge au Sénat américain

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Ce 13 février, les démocrates et la défense de Donald Trump ont trouvé un accord qui permet d'éviter la convocation de témoins et d'avancer dans le procès de l'ex-président, accusé d'« incitation à l'insurrection », qui devrait ainsi aboutir à un verdict dans la journée.

L'accord a été annoncé par les deux parties en séance publique au Sénat, qui juge depuis le 9 février l'ex-président républicain pour « incitation à l'insurrection ». Les procureurs démocrates avaient annoncé plus tôt dans la journée qu'ils voulaient entendre une élue républicaine, Jaime Herrera Beutler, ce qui aurait retardé la procédure. Sa déposition a finalement été lue en séance et versée au dossier. Chaque partie va maintenant exposer ses conclusions. Les élus des deux bords avaient annoncé qu’ils souhaitaient en finir au plus vite avec ce procès et on s’attendait à ce que le vote final ait lieu ce samedi 13 février. Mais les révélations d’une élue républicaine de l’Etat de Washington vendredi soir ont changé la donne.

Hier soir, rapporte notre correspondante à Washington, Anne Corpet, la représentante de l’État de Washington, Jaime Herrera Beutler, a publié un communiqué qui confirme qu’au milieu de l’insurrection quand le chef de la minorité à la Chambre, Kevin McCarthy, a appelé le président pour lui demander de l’aide, celui-ci a répondu : « Eh bien Kevin, ces gens ont l’air plus énervés au sujet des élections que vous ne l’êtes ». Pour les démocrates, cette réaction prouve non seulement que Donald Trump n’a rien fait pour que cessent les violences, mais aussi qu’il se plaçait du côté des émeutiers. Les procureurs ont donc demandé l’audition de l’élue républicaine. La défense de l’ex-président s’y est opposée mais l’assignation de témoins a été acceptée à l’issue d’un vote : cinq républicains se sont prononcés en sa faveur.

« Inutile de dire que c’est une preuve supplémentaire qui corrobore et confirme les accusations, le manquement à son devoir en tant que commandant en chef des États-Unis, son état d’esprit et une exaltation supplémentaire des violences le 6 janvier, a déclaré Jamie Raskin, qui dirige l’équipe de procureurs démocrates, devant le Sénat. Pour cette raison, nous voulons assigner la représentante Herrera Beutler et obtenir les notes qu’elle a prises au sujet de ce qu’a dit le président Trump à Kevin McCarthy au milieu de l’insurrection. La représentante Beutler a déclaré qu’elle espérait que d’autres témoins de cette partie de l’histoire, d’autres "patriotes" comme elle l’a écrit, se présenteraient. Et si cela arrive, nous chercherons à les assigner pour obtenir leur déposition via Zoom et aussi à obtenir tout autre document pertinent ».

Il semble cependant peu probable que Donald Trump, accusé d'« incitation à l'insurrection », soit condamné. Le chef des sénateurs républicains, Mitch McConnell, a annoncé qu'il voterait pour l'acquittement. Expliquant qu'il estime que le Sénat n'a pas la capacité de juger un ex-président en destitution, Mitch McConnell écrit: « Compte tenu de ces conclusions, je voterai pour acquitter ». Cette annonce sonne le glas des espoirs démocrates de condamner l'ex-président, puisqu'il apparaît désormais encore plus improbable que 17 sénateurs républicains votent avec les 50 démocrates pour une condamnation.

Vendredi 12 février, les avocats de l’ancien président avaient contre-attaqué, n’hésitant pas à parler de vengeance politique. S’ils qualifient les événements du 6 janvier d’« horribles », ils estiment que leur client n’est pas responsable et que ce procès ne devrait même pas se tenir.

Après deux jours durant lesquels les procureurs démocrates ont étayé l’accusation contre Donald Trump et une journée, ou plutôt trois heures, vendredi, durant lesquels la défense de l’ancien président a nié les faits qui lui sont reprochés, les sénateurs avaient le choix de mettre un terme dès ce samedi 13 février à une procédure décidément expéditive. Les deux parties pouvaient réclamer des auditions supplémentaires ou des documents complémentaires si elles le souhaitaient.

Trump, seul président à voir subi à deux reprises l'infamie d'un impeachment

Si tel est le cas, les sénateurs devront alors procéder à un vote pour valider ces demandes. En cas d’abstention ou de rejet, les deux parties disposeront chacune ensuite de deux heures maximum pour finaliser leur réquisitoire et leur plaidoirie. Si d’aventure ce scénario doit se dérouler, les cent sénateurs pourront ensuite se retirer pour délibérer, avant de procéder au vote à la majorité des deux tiers dans un Sénat ou républicains et démocrates comptent chacun 50 élus.

Il faudrait donc que 17 sénateurs républicains suivent les pas des démocrates pour que Donald Trump soit condamné. Or, à l’heure actuelle, seuls six élus conservateurs se disent prêts à voter en faveur d’une condamnation de l’ancien et seul président américain à avoir subi à deux reprises l'infamie d'un impeachment.