Procès Daval: les zones d'ombre de l'affaire

Justine Chevalier
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Jonathann Daval, le 2 novembre 2017 - SEBASTIEN BOZON / AFP
Jonathann Daval, le 2 novembre 2017 - SEBASTIEN BOZON / AFP

Jonathann Daval face à ses juges. Depuis ce lundi matin, l'informaticien de 36 ans comparait devant la cour d'assises de Vesoul pour le meurtre de son épouse le 27 octobre 2017. Après trois mois de mensonges, Jonathann Daval a fini par passer aux aveux, livrant dans un premier temps une version partielle des faits, puis accusant sa belle-famille, avant de revenir sur sa version et de donner un déroulé des faits conforme aux constatations médico-légales.

Jonathann Daval a toujours nié avoir eu l'intention de tuer son épouse Alexia ce soir-là. Il a raconté à la juge qu'une dispute a éclaté ce vendredi 27 octobre 2017 lorsque le couple est rentré d'un dîner chez les parents d'Alexia. Une dispute déclenchée par le refus de Jonathann Daval d'avoir une relation sexuelle avec son épouse. Il a décrit alors des insultes, des humiliations puis les coups dans l'escalier menant au garage du pavillon de Gray-la-Ville.

"On ne croit pas à sa version des faits"

L'accusé dit avoir frappé la tête de son épouse contre le mur, puis lui avoir infligé des coups au visage des deux mains, alors que cette dernière continuait de l'insulter. Il raconte alors l'avoir étranglée pendant "4-5 minutes" après avoir "pété un câble".

"Je voulais qu'elle se taise", a confié Jonathann Daval pour expliquer ce geste.

La défense de l'accusé avait demandé que les faits soient requalifiés en "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

La juge d'instruction a toutefois retenu l'intentionnalité des faits puisque Jonathann Daval est jugé pour "homicide volontaire" avec la circonstance que le meurtre a été commis par un conjoint. La famille d'Alexia Fouillot est également persuadée que Jonathann Daval n'a pas livré toute la vérité sur le soir de la mort leur fille. "J’ai envie d’aller lui parler, de le questionner, explique Isabelle Fouillot. On voudrait la vérité. On ne croit pas à sa version des faits la nuit de la mort d’Alexia." La mère de la victime estime encore qu'"aucune raison ne peut justifier toute cette horreur".

"On ne ferait pas ça à un animal, c'est l'horreur la plus totale", a-t-elle encore lancé.

Un couple en difficulté?

Les parents s'interrogent sur une éventuelle préméditation, en raison de deux éléments. Les parties civiles s'étonnent d'une part du caractère méthodique employé par Jonathann Daval pour masquer la mort de son épouse. D'autre part, la présence dans le sang et dans les cheveux d'Alexia Daval de traces de médicaments comme des somnifères qui pouvaient interagir avec les traitements que la jeune femme de 29 ans prenait pour avoir un enfant questionne également. L'hypothèse d'un éventuel empoisonnement sur les dernières semaines, les derniers mois sera alors abordée lors du procès.

"J'espère que ces révélations permettront d'obtenir une réalité judiciaire, car il y a encore de nombreuses zones d'ombre dans ce dossier je pense notamment à l'éventuelle préméditation, à l'éventuelle complicité. Et puis il faudra qu'il s'explique sur le soir des faits. Comment on en arrive là, comment on en arrive à frapper son épouse d'une quinzaine de coups de poing et à l'étrangler pendant quatre à cinq minutes?", a pour sa part fait valoir Jean-Hubert Portejoie, l'avocat de la famille Fouillot.

Jonathann Daval a tout au long de l'instruction décrit une relation compliquée avec son épouse Alexia. Une relation empreinte d'humiliations, selon Jonathann Daval, notamment autour de ce désir d'enfant qui ne semblait pas partagé. Le soir du drame, l'accusé a d'ailleurs dit que sa femme lui avait dit qu'"il n'était pas un homme", provoquant son acte fatal. La famille d'Alexia Daval, à l'inverse, décrit un couple qui semblait heureux, sans histoire. La meilleure amie de la victime a pourtant rapporté des tensions.

"Peu de choses ont suinté de leur relation, rappelle sur BFMTV Me Isabelle Steyer, qui intervient dans de nombreux dossier de violences conjugales. C'est là que tout se joue. Ce qui se passe dans une chambre à coucher n'est pas partagé avec les parents ou avec les amis. Il va falloir aller très loin dans ce dossier pour comprendre là où ça a dysfonctionné."

La personnalité de Jonathann Daval va être également au coeur des débats alors qu'une expertise psychiatrique a mis en lumière une relation dominant-dominé au sein du couple qui n'était pas toujours en faveur de l'accusé. "Sous un aspect fragile, dépendant, soumis, les tests mettent en lumière un homme déterminé, plutôt dominant, qui peut, le cas échéant devenir colérique, voire agressif, frustré affectivement", a conclu l'un des experts psychologiques qui a examiné Jonathann Daval lors de la procédure. Les experts devraient être interrogés par la cour d'assises sur ce point jeudi.

Article original publié sur BFMTV.com