Procès Bygmalion: Philippe Briand, le chiraquien fourvoyé

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"Toute ma vie j'ai veillé à bien faire les choses"... La voix de Philippe Briand, ex-président de l'association de financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012, tremble d'émotion à la barre du tribunal judiciaire de Paris où il comparaît au procès Bygmalion.

L'homme aux cheveux blancs et en costume noir, se tenant très droit durant ses près de 5 heures d'audition, se dit "marqué" par sa présence au tribunal, un endroit où il n'aurait jamais imaginé se trouver en tant que prévenu.

Ancien député, ancien questeur de l'Assemblée nationale, ancien président de Tours Métropole, maire de Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire) et leader français de la transaction immobilière (employant près de 20.000 salariés et rassemblant les franchises Century 21, Laforêt et Guy Hocquet), Philippe Briand, 60 ans, est jugé pour "usage de faux, abus de confiance, recel d'abus de confiance, complicité de financement illégal de campagne électorale et escroquerie".

Il encourt jusqu'à 5 ans de prison.

Comment l'homme au parcours exemplaire a-t-il pu être embarqué dans cette galère?

"Je ne suis pas sarkozyste. Je ne dois rien (à Nicolas Sarkozy) et encore aujourd'hui je ne lui dois rien non plus", explique Philippe Briand.

Quand on l'appelle en janvier 2012 pour prendre la tête de l'association de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy (AFCNS) c'est d'abord parce qu'il est chiraquien et que l'équipe du président-candidat l'a convaincu qu'il fallait "réunir toute la famille politique".

"Je n'étais pas un des +visiteurs du soir+ de l'Elysée", dit-il.

"Mon rôle était de payer les factures du candidat, pas de les ordonner ou de les contrôler", explique-t-il. En clair, il s'agissait d'une fonction purement technique, veut-il convaincre le tribunal. Il occupe cette fonction à titre gracieux.

"Je n’avais pas de bureau, pas de secrétariat, pas de tiroir, pas même un stylo", énumère-t-il. Veuf avec trois enfants à charge, il ne vient au siège de l'UMP (devenue Les Républicains) que le mardi après-midi, une vingtaine de minutes seulement, pour payer les factures qu'on lui soumet.

"J'avais confiance", se défend-il.

"Je n’avais pas le droit de juger de l’opportunité de la dépense, ni du choix de l’équipe de campagne. Je n’étais pas ordonnateur des dépenses", insiste-t-il.

- "Le regret de ma vie" -

Mais la présidente de la 11e chambre, Caroline Viguier, ne peut se contenter de cette réponse.

La loi vous imposait de vérifier que les dépenses étaient dûment justifiées, lui rappelle-t-elle.

"A aucun moment, je n’ai pu suspecter qu’il ait pu y avoir une dissimulation. Je n’ai pas eu d’inquiétude", dit-il la voix nouée.

Tout juste se souvient-il qu'un expert-comptable (également sur le banc des prévenus) s'est inquiété dès le mois de février du coût des meetings. Mais Philippe Briand a continué à signer les factures.

"Sept comptables vérifiaient les justificatifs. Je regardais si c’était bon et je signais", admet-il.

Caroline Viguier présente à l'audience une facture d'un million d'euros portant sa signature correspondant à dix meetings entre les deux tours.

"Je n'aurais pas hésité à saisir le procureur si j'avais soupçonné la moindre malversation", soutient M. Briand.

L'enquête a révélé que les comptes de campagne du président-candidat ont largement dépassé le plafond légal. Pour tenter de dissimuler les dépenses excessives de la campagne un système de fausses factures a été mis en place imputant à l'UMP des frais qui auraient dû être comptabilisés dans les comptes de campagne.

Le tribunal cherche à savoir qui a mis au point ce système et quand.

Aujourd'hui, Philippe Briand est amer.

"L’univers carcéral, il est mental", glisse-t-il. "Avoir accepté cette mission est un des plus grands regrets de ma vie".

L'ancien patron de l'UMP, Jean-François Copé viendra témoigner mercredi en fin d'après-midi au tribunal.

M. Copé a bénéficié d'un non-lieu dans cette affaire.

L'ex-président Sarkozy, soupçonné de "financement illégal de campagne", sera interrogé quant à lui le 15 juin.

Ce sera sa première apparition devant le tribunal depuis l'ouverture du procès Bygmalion.

aje/ito/mpm

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