Procès des attentats de janvier 2015: l'interrogatoire cacophonique d'Ali Riza Polat

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Au procès des attentats de janvier 2015, l'interrogatoire d’Ali Riza Polat en était à son deuxième jour ce mardi 27 octobre. Présenté par l’accusation comme le bras droit d’Amedy Coulibaly, il est, parmi les 11 accusés présents, celui sur lequel pèse la plus lourde charge, celle de « complicité » pour l’ensemble des crimes commis par Coulibaly et les frères Kouachi. Lui dément toute implication dans les attentats. Compte rendu des deux journées de son interrogatoire.

« Vous cherchez absolument un coupable, ce sera pas moi », avait-il lancé lundi à la cour. Ce mardi, au deuxième jour de son interrogatoire, Ali Riza Polat est un peu moins véhément, mais toujours aussi combatif, rapporte notre envoyée spéciale au palais de justice de Paris, Laura Martel.

Face au président d’abord. On se demande parfois qui dirige les débats. Polat enchaîne les diatribes, interrompt les questions, en pose lui-même à un co-accusé, oriente l’interrogatoire : « J’ai bien travaillé la téléphonie, on va passer à Karasular », dit-il. « On y viendra quand je l’aurai décidé, c’est quand même moi qui ai la direction des débats », proteste le président « et vous n’êtes pas une machine à débiter, écoutez au moins les questions ».

Mais peine perdue. Dans la salle, un « putain » retentit. « Je m’excuse, mais on pourrait séquencer un peu ? On a mal au crâne », s’exclame une avocate « Oui, moi aussi, mais on fait comme on peut », rétorque le président.

Ali Riza Polat distribue les bons et mauvais points, tel accusé, témoin ou enquêteur qui le chargent sont des menteurs ; le rapport qui ne constate chez lui aucune radicalisation reçoit lui, son approbation.

Polat, maître de son dossier au point de citer des références de tête, poursuit ensuite le bras de fer avec les parties civiles et le parquet. Il pointe parfois des incohérences dans l’accusation, mais esquive souvent face à un élément troublant et tourne en boucle.

« Vous donnez des explications détaillées, mais vous rejetez tout en bloc », s’agace une avocate. « Vous noyez le poisson, je vais finir par croire que vous ne voulez pas répondre », pointe l’accusation. « Je vous dit ce que j’ai réellement fait, qui relève du droit commun, mais que je n’ai rien à voir avec le terrorisme et vous vous dites que je tourne autour du pot », s’emporte l’accusé; « en fait la vérité vous intéresse pas, vous voulez des réponses qui vous arrangent. Mais je vais pas avouer ce que je n'ai pas fait » martèle-t-il.

« Il faut un bouc émissaire »

Lundi déjà, la cour d'assises spéciale de Paris a peiné à sortir d'un interrogatoire cacophonique face à l'explosif Ali Riza Polat. Coincé derrière la paroi vitrée, le principal accusé s'agite, proteste, frappe du poing, hausse le ton à tout bout de champ.

« J'ai rien à voir, pour de vrai » : Ali Riza Polat a de nouveau nié toute « complicité » dans les attaques terroristes. « Vous voulez absolument un coupable, mais ça va pas être moi ».

Pendant les attentats, « j'étais chez moi. Je ne comprends pas en fait, il faut un bouc émissaire », insiste le Franco-turc de 35 ans, carrure corpulente, crâne rasé et chemise blanche, passible de la réclusion criminelle à perpétuité.

« Moi je veux pas aller en prison pour ça, je veux pas aller en prison pour ça parce que j'ai rien à voir avec tout ça », répète-t-il à l'envi.

Présenté comme le « bras droit » d'Amédy Coulibaly, originaire comme lui de la cité de la Grande Borne à Grigny (Essonne), Ali Riza Polat est soupçonné d'avoir aidé le tueur de l'Hyper Cacher et les frères Saïd et Chérif Kouachi à préparer leurs attentats.

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